C'est encore l'espèce la plus utilisée car relativement facile à élever, à soigner et à maintenir en parc. Calme à l'attache relativement vite, le colvert est aussi très rustique, se contentant de peu de choses. Il faut cependant retenir que le colvert a besoin d'eau et de lumière lors des premières semaines de son existence, surtout lorsqu'il mue pour la première fois et que son duvet se forme. Il risque alors d'avoir les plumes de son ventre mal formées et de prendre l'eau au premier attelage prolongé. Le colvert est en majorité granivore ; il lui faut donc un mélange de graine comme nourriture. Le blé, l'orge, le maïs, le riz lui conviennent parfaitement. Il faut cependant lui ajouter un peu de verdure et des petits cailloux pour lui permettre de bien broyer les graines dans son gésier. Il est très friand de salades.
On classe généralement les colverts selon leur cri en quatre catégories : le long-cri, le demi-cri, le court-cri et les mâles. A l'heure actuelle, on peut aussi parler d'amassoire, d'allongeoire,de pleureuse, de cane de pose, de mignon etc.
Le mâle : Il a une importancecapitale car c'est lui qui prévient les canes et qui permet de créer une zone de calme. Je pense qu'on ne les sélectionne pas assez et qu'un bon mâle est aussi important qu'un bon court-cri.
Les longs-cris : (chanteuses ou chanterelles) doivent avoir un cri prolongé, parfois plus d'une centaine de fois, à un rythme normal. Elles doivent chanter toute la nuit et par leurs cris attirer le canard qui ne passe pas au-dessus de l'étang mais un peu à côté.
Les demi-cris: doivent crier quand elles voient le canard, une dizaine de fois environ.
Les courts-cris : ne doivent crier que lorsque le canard passe au-dessus de leur tête prêt à poser.
Les amassoires : sont des canes ayant un cri très long et traînant ainsi qu'une puissance de voix importante. On peut les mettre au cri ou à la pose dans un paquet de blettes, elles ont alors un cri très long mais ne donnent que quelques fois et sont appelées canes de pose. Les allongeoires sont des longs-cris qui, lorsqu'elles voient un canard allongent leur cri comme une amassoire lorsqu'il la survole. Les pleureuses sont des canes qui ont un cri long et traînant avec des "trémolos" dans la voix pourrait-on dire. Enfin les mignons ont la particularité d'avoir un cri très rapide et très aigu à tel point qu'on les appelle parfois des mitraillettes
Les autres canards de surface les plus utilisés comme appelants sont les siffleurs, les sarcelles d'hiver et dans une moindre mesure les pilets et les chipeaux. Les siffleurs, les pilets, les chipeaux sont des canards robustes et qui peuvent être attelés comme des colverts, les sarcelles sont beaucoup plus fragiles. La plus grande qualité pour un siffleur ou une sarcelle et sa sagesse à l'attelage. Il faut absolument cette qualité pour avoir un attelage performant.
En général, ces canards sont attelés à la palette dans un paquet de blettes en séparant les mâles des canes afin de les faire crier.
On peut aussi évidemment les mettre en parc ou "parges". Leur cri est alors plus naturel et c'est d'ailleurs ce qu'il convient de faire avec des oiseaux blessés et rattrapés par le chien. Ceux-ci sont extrêmement sauvages et ne supportent qu'à de très rares exceptions la corde de l'attache. En parc, ils sont par contre bien plus attractifs que ceux issus d'élevage car leur expérience est déjà faite et ils crient à bon escient en général.
Je ne connais personne qui attelle des fuligules mais pourquoi pas ? On les utilise en "parges", essentiellement les milouins et les morillons, et je pense que c'est attractif. Si ça ne l'est pas, le plaisir des yeux est cependant au rendez vous et cela aussi fait partie de la chasse.
Si quelqu'un les utilise à l'attelage, qu'il me le fasse savoir et je rajouterai quelques lignes.
Je sais que les oies sont beaucoup utilisées, notamment sur les grands étangs des Landes et de la Somme, là où les chances de pose sont les plus importantes. Sur les petits étangs, je ne sais pas si c'est vraiment efficace. Deux espèces sont principalement utilisées : la rieuse et la cendrée. A l'intérieur des terres, la rieuse se rencontre très rarement et c'est la cendrée qui est la plus utilisée. En baie et sur la côte, on peut rencontrer les deux espèces.
On les attache comme des colverts,généralement au poids ou à la palette, en association avec des formes. On la rencontre aussi très souvent dans des parcs et je me souviens, sur un étang de 3 ha, en avoir vu un très beau sur une île à fleur d'eau avec une dizaine d'oies: c'était très efficace sur les petites bandes en migration.
Toutes les espèces sont utilisées. Les plus prisées sont celles de colverts, siffleurs, souchets, pilets et sarcelles. La nuit, leur couleur a peu d'importance mais il ne faut pas qu'elle soit brillante à la lumière de la pleine lune. En général, les couleurs les plus prisées sont le noir et le marron mat. Pour une chasse de jour, la couleur se discute. Là aussi, une quinzaine de formes bien colorées est un vrai régal pour les yeux.
On peut discuter aussi de la matière utilisée pour faire la forme. Les premières formes retrouvées en Égypte et en Inde étaient en roseaux tressés. On a longtemps aussi utilisé des formes en bois. Elles sont aujourd'hui quasiment toutes en plastique (PVC). Le bois possède les qualités de la durabilité, d'une meilleure flottaison et d'une indifférence aux plombs. Le PVC est léger, facile à trouver en armurerie. Les deux doivent être repeints chaque année voire plusieurs fois par an si on veut avoir des formes impeccables. (On peut les remplir de mousse de polyuréthane en faisant trois ou quatre trous pour laisser échapper le trop plein de mousse et éviter la déformation de la forme).
Les formes de milouins et morillons sont les plus utilisées ; elles se ressemblent fort par leur forme mais diffèrent par leur couleur. Il est à noter qu'il existe des formes de milouin "dormeur" avec la tête sous l'aile, qui sont très attractives et pas seulement pour les plongeurs. Je préfère de beaucoup ces formes à celles de canes pilets avec le bec qui se dresse vers le haut, comme étant prêtes à s'envoler.
Signalons aussi qu'aux États Unis où la chasse avec appelants est interdite et que seule la chasse de jour est autorisée, beaucoup de chasseurs emploient une importante batterie de formes. Ils ont remarqué, que statistiquement, de vulgaires bidons peints en noir et attachés à la queue leu leu avaient quasiment autant d'effet sinon plus sur les fuligules que de superbes formes très ressemblantes. En revanche et toujours d'après cette étude, des formes à la peinture écaillée et de "réforme" avaient, quant à elles, un effet beaucoup moins important. Cette étude nous porte à croire que les formes attirent les canards de loin car à cette distance la différence entre un bidon et une forme est difficile à faire. Quand ils survolent l'attelage, ils sont plutôt méfiants quant aux blettes de couleur disparate et de flottaison douteuse. En bref, si on a des belles formes bien visibles de loin c'est très attirant mais mieux vaut ne rien mettre du tout que de mettre des formes défraîchies.
Les formes d'oie sont souvent utilisées. Il en existe sur pied ou nageant essentiellement en plastique. Elles sont très attractives non seulement pour les oies sur les grands étangs mais aussi sur les canards et particulièrement les sarcelles, on ne sait pourquoi. Là aussi, plus elles sont grandes mieux c'est. Cela me rappelle d'ailleurs une image incroyable pour nous européen, d'un chasseur de bernaches du Canada approchant les sauvages en étant caché à l'intérieur d'une Bernache géante. C'est caricatural mais explicite sur le fait que la taille a peu d'importance pour les oiseaux.
En ce qui nous concerne, le principal inconvénient des formes d'oie est qu'elles sont relativement légères par rapport à leur taille. Elles sont donc sensibles au vent et à la houle. Pour les petites mares, c'est encore acceptable mais sur les grands étangs les formes peuvent vite se transformer en de véritables épouvantails brinquebalants de tous côtés au rythme des vagues. Il est indispensable de les lester. Certains emploient un pneu dans lequel la forme est enfoncée en force. D'autres les remplissent de gravier ou d'eau. Peu importe le système, l'important est qu'elle ne ballotte plus.