Monsieur le président du CICB et secrétaire général de l'OMPO, je vous remercie tout d'abord d'avoir accepté de répondre a ces quelques questions. De part vos fonctions, de président du CICB vous êtes l'un des plus touchés par la fermeture du mois d'août, car la migration des bécassines bat son plein à cette époque. Vous êtes également le secrétaire général de l'OMPO, organisme peu et pas assez connu des chasseurs, mais qui part son aspect scientifique doit faire partie de la culture de tout chasseur, qui sont en tant que passionnés de sauvagines toujours à la recherche d'informations.
Cet entretien comporte 2 parties : une série de questions où toutes les personnes participant à cette rubrique devront répondre, questions générales sur la chasse, ses structures et son avenir et une seconde plus ciblée sur la personne interrogée.
Je vous remercie d'avance pour le temps que vous avez accepté de consacrer aux internautes et pour la sincérité de vos réponses et je signale aux lecteurs qui seraient intéressés par le CICB qu'il possède son propre site Internet : http://www.cicb-club.com
La Hutte Virtuelle - D'abord pour ceux qui ne vous connaissent pas, pourriez vous vous présenter rapidement, expliquer ce que représente pour vous la chasse, le type de chasse que vous pratiquez et nous préciser votre rapport à la nature.
Guy Noël Olivier - né à Roubaix en 1932, autodidacte, cadre supérieur de l'industrie textile à la retraite. Passionné par les oiseaux très jeune 7 ou 8 ans, les capturant pour mieux les étudier.
Membre de l'ANCGE par dérogation spéciale du Président de Valicourt en 1946, c'est à dire à 14 ans. Administrateur général de cette association en 1963 à l'âge de 31 ans pour une durée de 10 années. Aujourd'hui, parmi différents mandats, le Secrétariat général de l'OMPO et la Présidence par intérim du CICB. C'est du reste à ce dernier titre seulement qu'il sera, aujourd'hui, répondu à vos questions et non en faisant l'amalgame entre fonctions différentes.
Notre parcours sur l'intérêt que nous portons à l'ornithologie et à la cynégétique est assez atypique compte tenu du fait que là aussi nous sommes purs autodidactes dans la mesure où nous n'avons pu trouver, à l'époque, et dans notre entourage, les initiateurs grâce auxquels on gagne beaucoup de temps. Particulièrement spécialisés dans la chasse à la bécassine que nous pratiquons depuis près de 50 ans à la fois pour l'étude autant que par passion, nous nous intéressons également à l'étude et à la chasse de tous les oiseaux. Notre rapport à la nature est rationnel puisque nous nous en sentons partie totalement intégrée tant comme écologue jardinier, que comme chasseur. Nous savons qu'au sein de cette nature à laquelle nous sommes profondément inféodé, chaque être vivant est un prédateur donc, un chasseur et il ne nous gène absolument pas de nous trouver au sein de la chaîne alimentaire à laquelle, du reste, notre propre mort contribue.
La Hutte Virtuelle - La chasse, tout le monde est, je le pense, d'accord sur ce point, connaît une crise sans précédent depuis quelques années. Quel est pour vous son devenir en France ? La chasse peut-elle encore s'inscrire dans une perspective d'avenir ?
Guy Noël Olivier - C'est vrai, la chasse connaît une crise sans précédent. Elle ne représente pas un cas isolé puisque, toute notre société tremble dans ses structures dont certaines, du reste, s'écroulent littéralement. Pourquoi la chasse se porterait-elle bien dans une société où visiblement toutes les valeurs, au lieu d'être intelligemment reconsidérées, sont cassées, où la victime est coupable. Bref, une société française particulièrement malade.
L'avenir de la chasse dépend aujourd'hui de ce que la société politique française voudra en faire. Ce sont les extrémistes Verts qui sont chargés de l'avenir de la chasse, nous nageons dans un surréalisme extrêmement grave. Il dépendra donc des échéances électorales de 2002 pour savoir si le baiser de la mort pratiqué par les autres aux chasseurs, relâche son étreinte. Si rien ne devait changer, nous ne donnons pas cher de l'avenir de la chasse qui se calquerait sur ce qui se pratique déjà en Suisse, Belgique, Pays-Bas. L'avenir, enfin, dépend aussi des chasseurs et, là-dessus, il y aurait beaucoup de choses à dire.
La Hutte Virtuelle - On critique souvent le manque de communication de nos structures fédérales et nationales, la communication est elle le remède de tous nos maux ? Pensez vous que d'autres actions peuvent ou doivent être entreprises ?
Guy Noël Olivier - Pour ce qui nous concerne, nous ne critiquons jamais, estimant que c'est l'arme des ringards, très à la mode et à la portée du premier crétin venu.
Car si cette communication était mauvaise, elle devrait alors être changée par ceux qui la critique.
Pour nous, Histoires naturelles, la Fondation nationale pour la sauvegarde des habitats, la création de réserves représentant en France un territoire grand comme la Suisse, ont fait l'objet d'une bonne communication. A quoi sert une bonne communication dans une société qui ne veut la voir. Rappelez-vous l'affaire Danone il y a 1 an, d'un seul coup, les produits n'étaient plus bons, il ne fallait plus en acheter parce que l'entreprise fermait un site de production... curieux gaulois.
Tant que la gauche plurielle aura le monopole de la pensée écologiquement correcte à laquelle la chasse n'appartient pas, dans tous les médias : TV - Radio - Presse écrite, la communication écolo-cynégétique sera vouée à l'échec et nous ne pensons pas que d'autres actions puissent être valablement entreprises, sinon, attaquer extrêmement durement le terrorisme Vert français dont l'échec est patent puisqu'aux affaires depuis 5 années pour ne rien produire, sinon, casser un peu plus la société.
La Hutte Virtuelle - On parle régulièrement de CPNT comme une solution miracle en mesure de sauver la chasse. Croyez vous que cela soit le cas ? La chasse pouvait, peut-elle et pourra t elle se passer d'un débat politique avec la montée de l'écologie sur l'échiquier politique ?
Guy Noël Olivier - Nous ne savons pas si CPNT est une solution miracle, mais, par contre, ce que nous savons, c'est que les ayatollahs Verts sont entrés en politique en France il y a longtemps, qu'ils forment un petit groupe à l'Assemblée Nationale, qu'ils occupent un Ministère qui devrait nous revenir de droit et qu'ils pourrissent tout le débat politique social de gauche en se désintéressant totalement de l'aménagement du territoire. Bien sûr, logiquement, les chasseurs n'ont rien à faire en politique, pas plus que les Verts, mais les choses étant ce qu'elles sont, la chasse ne peut plus rester en dehors du débat politique. C'est pourquoi, en 2002, j'appellerais personnellement à voter CPNT, ceci dans le but de stopper une gauche responsable de tuer la chasse démocratique (un comble) et pour avertir la droite de notre faculté d'exister. Il serait excellent d'avoir des députés CPNT à l'Assemblée Nationale.
La Hutte Virtuelle - Certaines structures cynégétiques sont critiquées et qualifiées " d'archaïques. " Quelles sont, pour vous, les associations ou structures qui défendent le mieux la chasse de manière globale, et celles qui la conduisent à sa perte ?
Guy Noël Olivier - Nous ne reviendrons pas sur ce mot " critique " nous l'abandonnons aux impuissants. Non, pour nous, il n'y a pas d'archaïsme. L'organisation de la chasse en France est excellente et pour nous qui nous déplaçons beaucoup à l'étranger, nous n'hésitons pas à dire que jusqu'aux années 1995, notre organisation française de la chasse nous était enviée en Europe, Asie, Afrique.
Il n'y a pas d'associations ou de structures qui défendent mieux ou moins bien la chasse de façon globale, chacun est à son poste et fait face aux hyènes Vertes. Bien sûr, il y aura toujours un arbre insignifiant cachant la forêt, un Président de Fédération ou une association qui ont pour fond de commerce la marginalité, mais ils pèsent 0,01 dans la chasse française très unie devant le danger.
Si nos associations actuelles conduisaient la chasse à sa perte, il appartiendrait alors aux lecteurs de " la Hutte Virtuelle ", de les investir de l'intérieur et de prouver qu'ils peuvent faire mieux. Rien ne leur est fermé, à la condition d'avoir un programme sérieux avec lequel il est facile de convaincre dans la mesure où on a capacité à faire le travail soi-même.
La Hutte Virtuelle - La chasse n'est habituellement défendue que par son aspect traditionnel. Pensez-vous que cela soit une bonne solution ? En d'autres termes, la chasse doit-elle survivre comme activité traditionnelle ? Toutes les activités traditionnelles sont-elles bonnes à conserver et peuvent elles être pérennisées ? Comment justifier la chasse de demain ?
Guy Noël Olivier - La tradition n'est pas forcément, en soi, une mauvaise chose, puisque réfléchie et pratiquée par plusieurs générations d'homme qui n'avaient aucune raison supplémentaire de se tromper par rapport à vous.
Pour rester admissible, cette tradition ne peut être dévoyée par aucun moyen. Nous pensons à la chasse à la hutte de nuit pour laquelle la seule tradition admissible est l'attache d'appelants de la race canard colvert.
Nous pensons que la chasse survivra comme activité traditionnelle, mais qu'en ce qui concerne les oiseaux migrateurs, il faudra l'adapter au XXIème siècle.
Nous avons au CICB de nombreuses propositions à faire pour l'adaptation de la chasse des bécassines au 3ème millénaire, et cela ne date pas d'hier, malheureusement, si la chasse française est prête, en matière de bécassines, à s'aligner sur notre position, il n'en est pas de même du cabinet du Ministre qui ne s'appuie que sur des individus ne représentant qu'eux-mêmes.
Comment justifier la chasse de demain ? Question difficile à répondre car d'une part chaque action de la vie d'un homme n'a pas à être justifiée sauf dans les sociétés totalitaires et c'est vrai que la France s'y dirige plus sûrement que vers une société plus libérale.
Pour conclure, nous chasserons dans la société de demain quoiqu'il arrive, et n'en déplaise aux autres car c'est dans notre nature depuis des millénaires.
La Hutte Virtuelle - Le climat autour de la chasse est de plus en plus malsain. Pensez-vous que les extrémismes " chasse et écologie " vont prendre le dessus et qu'on assistera, dans les prochaines années, à des débordements de plus en plus violents ?
Guy Noël Olivier - Oui bien sûr, non seulement ce ne sera plus une question concernant seulement les extrémistes écologie-chasse, mais le débat va s'élargir aux non-extrémistes pour se généraliser, car on arrive là à une atteinte totale à la liberté humaine. Espérons que la réaction des chasseurs sera pacifique car électorale en 2002, car si ce n'était pas le cas, nous assisterons à des débordements extrêmement violents. Vous savez la violence sévit déjà, conduite par les antis, exemples notre propre hutte vandalisée sans vol en juin 2001, une poignée de sable dans le réservoir d'essence de notre véhicule en janvier 2002.
La Hutte Virtuelle - L'Europe est souvent critiquée sur son désir d'uniformité et son manque de considération(s) envers les préoccupations locales, régionales dites " traditionnelles ". Est elle la cause de tous nos maux, ou alors la cause est elle seulement franco-française ?
Guy Noël Olivier - L'Europe est la cause de certains de nos maux, mais elle sert aussi de prétexte pour justifier du manque de courage de nos gouvernants se réfugiant derrière elle. Ce n'est pas le cas de notre Ministère de tutelle actuel qui, lui, va au-delà de la directive oiseaux et qui propose le 19 décembre un arrêté retirant de la liste des espèces chassables, 11 espèces dont la bécassine sourde pour une durée de 5 ans et qui, le 18 janvier propose un arrêté portant sur 9 espèces et non plus 11, certaines pour 3 ans les autres pour 5.
Chacun jugera du sérieux de ces changements à 4 semaines d'intervalles où la conservation des oiseaux compte pour 0 ainsi que les études scientifiques alors qu'il ne s'agit, dans cette affaire, que de satisfaire les associations antichasse et de miner le terrain des chasseurs avant les échéances électorales de 2002.
La Hutte Virtuelle - Les chasseurs, et les sauvaginiers en particulier, critiquent constamment la directive 79/409 ou plutôt l'interprétation qui en est faite (si interprétation il y a). Croyez vous qu'il faille la modifier, la supprimer ou tout simplement faire avec ? Vouloir modifier un texte qui régit depuis plus de 20 ans toutes les orientations en matière d'environnement, de gestion des espaces et des espèces, au niveau communautaire, ne relève t-il pas plus d'une logique de tracasserie procédurière et du " politiquement correct " que de l'objectivité et du bon sens ?
Guy Noël Olivier - La directive Oiseaux n'est pas un mauvais texte pour ceux, qui comme nous, se sentent concernés par la conservation des espèces, c'est manifestement l'interprétation qui en a été faite 15 ans après, qui est responsable de malentendus techniques.
Aucune date d'ouverture ou de fermeture ne sont fixées pour ce qui concerne la bécassine des marais, le Comité ORNIS, organisme scientifique adossé à la Commission européenne, estime que sa chasse peut se pratiquer à partir du 31 juillet et qu'il faut protéger les habitats de la bécassine sourde, ce que le Ministère traduit dans son projet d'arrêté du 16 janvier par une ouverture le 20/08 pour la première et pour une protection totale de la seconde pendant... perpéte.
La Hutte Virtuelle - Foultitude de dirigeants de la chasse française apprécient peu les schémas départementaux. Est-ce votre cas ? Quel est pour vous l'intérêt (si intérêt il y a) de ces schémas ? Trouvez vous normal que des chasseurs s'intéressent à d'autres espèces que celles gibiers ? Que pensez vous d'un concept de " transversalité " de la chasse : Les chasseurs doivent-ils connaître (scientifiquement et sur le terrain) uniquement les espèces chassables ou également celles qui fréquentent le même biotope ?
Guy Noël Olivier - Votre question est un peu dépassée par l'avalanche des 11 projets d'arrêtés sortis le 18/01. Il faudra voir si au milieu de cette usine à gaz administrative, il reste encore place pour des schémas départementaux, avant de vous dire si nous les apprécions ou non. Encore faudrait-il en connaître le contenu.
Oui, nous trouvons normal que les chasseurs s'intéressent à d'autres espèces que celles gibiers, dès qu'il s'agit de gérer un territoire, il faut considérer celui-ci comme une entité biologique et de veiller à défendre les équilibres dont il se compose, la composition du sol, de la qualité de l'eau, de la flore et de la faune. Le processus est donc beaucoup plus vaste que vous ne l'envisagez.
La Hutte Virtuelle - On assiste à la création de nombreuses structures de jeunes chasseurs en France, certaines indépendantes du système, d'autres totalement contrôlées. Pensez vous qu'il faille laisser les jeunes s'exprimer ou simplement canaliser leur fougue ? Que peuvent ils apporter au système ? Ne sont ils pas une aberration du système ?
Guy Noël Olivier - Pour nous, ils sont sympathiques, car d'une naïveté extrême autant que complètement aberrants. Il y a là dedans un gâchis d'énergie énorme, nous ne voyons pas ce que, concrètement, ils apportent au système. Nous préférerions, à notre exemple, qu'ils investissement les organismes existants de l'intérieur avec leur programme. La chasse manque cruellement de bénévoles âgés de 20 à 50 ans ; après tout, imparfaites certainement, perfectibles également, nos structures existent et ne demandent qu'à être développées.
La Hutte Virtuelle - La chasse au gibier d'eau est considérée comme un rempart pour les autres chasses. Pensez vous que cela soit le cas ou qu'au contraire les autres modes de chasses (plaines et grand gibier) ne seront jamais attaqués dans leur avenir ?
Guy Noël Olivier - C'est vrai que jusqu'à ce jour, la chasse du gibier d'eau servait de rempart aux antichasse et peut être de ce fait, la chasse du gibier d'eau depuis 50 ans en première ligne, n'a peut être pas assez travaillé à sa propre évolution pourtant inéluctable ; alors que plaines et grand gibier, protégés par le gibier d'eau, a eu le temps de se réformer et de prouver sa créativité. Cela ne veut nullement dire que leur avenir ne sera jamais attaqué. Disons simplement qu'aujourd'hui les autres formes de chasse ont une certaine avance sur celles des oiseaux migrateurs encore ont-elles perdues un certain caractère démocratique.
La Hutte Virtuelle - Passons maintenant à la seconde partie, à des questions qui vous concernent plus directement. En tant que président du CICB et donc chasseur de bécassines vous savez que sans l'entretien des zones humides effectué par les chasseurs, de nombreuses d'entre elles vont perdre tout intérêt pour l'avifaune. Cela doit déjà être plus ou moins le cas pour les platières à bécassines qui ne sont ou ne seront plus entretenues avant septembre ?
Guy Noël Olivier - Bien sûr, c'est un message que le CICB s'évertue à faire passer depuis 15 ans, différentes brochures ont été publiées par nos soins ainsi que des livres auxquels nous étions co-associés. Nous l'avons redit au Ministre Cochet le 19 décembre en lui disant que la protection totale de la bécassine sourde aurait des conséquences irréversibles sur le milieu, cela a été répété à son conseiller, M. LEDUC, en janvier 2002. Dans tout cela, il faut bien comprendre que la conservation d'une espèce, ou la conservation d'un milieu auquel cette espèce est inféodée, n'intéresse que les chasseurs, alors que les antichasse ne se préoccupent pas du tout d'écologie, leur seul but étant de faire disparaître la chasse, le reste étant accessoire.
La Hutte Virtuelle - Qui est représenté par le CICB, combien y a-t-il d'adhérents ? Quel est son rôle et ses actions ? Y a-t-il des coopérations avec l'étranger ? Un réseau national permettant aux " bécassiniers " de contacter un représentant proche de chez eux ?
Guy Noël Olivier - Le CICB n'est représenté par personne en France, que par lui-même, puisqu'il s'agit de la seule association cynégétique internationale de droit français. Nous ne sommes adhérents ou affiliés à aucun organisme, ce qui ne nous empêche pas d'entretenir des relations à la fois libres mais néanmoins très cordiales avec nos Fédérations Départementales, la Fédération Nationale et l'ANCGE. Nos adhérents, 500 environ sont répartis dans une vingtaine de pays d'Europe, d'Asie, d'Afrique, d'Amérique du Nord, avec 80 % de membres français, 20 % de membres étrangers, ayant en commun un intérêt pour les activités portant sur les 15 différentes espèces de bécassines de la planète : études et recherches, connaissances des espèces, études scientifiques, gestion des populations, conservations des habitats, pratiques cynégétiques.
L'adresse est : CICB 5 Avenue des Chasseurs - 75017 PARIS.
La Hutte Virtuelle - Si vous deviez définir la platière parfaite pour les bécassines qu'elle serait son aspect ? Quels sont les conseils que vous donneriez à un chasseur qui veut découvrir la chasse de la demoiselle des marais ?
Guy Noël Olivier - Cette question se traite non pas en une phrase mais en 47 pages d'une brochure : l'eau, la conservation des zones humides, les aménagements pour les bécassines, éditée en 1992 dont on peut se procurer photocopie moyennant 50 F en s'adressant au CICB. Pour découvrir la chasse à la bécassine, une seule réponse aussi simpliste que réelle, il faut la pratiquer et savoir qu'entre les aménagements des marais 80 % du temps et la chasse 20 %, c'est à la fois la plus rebutante et la plus noble de toute les chasses. Il faut avoir un cour de légionnaire sinon mieux vaut s'abstenir.
La Hutte Virtuelle - Pour faire la transition entre les questions sur la bécassine et celles plus générales sur l'aspect scientifique que vous défendez au sein de l'OMPO, voici une question "scientifique " sur la bécassine sourde. Elle est classée en France, comme ayant un statut défavorable et se retrouve donc sur la liste des espèces protégées pour 5 ans. Quel est selon vous son statut réel, le connaît on vraiment ? Y a t il de nouvelles données ?
Guy Noël Olivier - La bécassine sourde est classée, non pas en France, mais à l'international convention de Bonn accord AEWA, comme ayant un statut défavorable, ce qui veut dire que l'espèce est considérée comme étant chassable dans les pays, peu nombreux, où c'est une tradition, sans extension possible, et qu'il faut tout mettre en ouvre pour conserver et gérer ses habitats. Sa population est estimée dans une fourchette de 22.000 à 1 million d'individus. Il se trouve qu'en France seule, il s'en prélève annuellement environ 50.000 et 160.000 au total des pays où elle est chassée. Le CICB qui a donc procédé à une double étude sur cette espèce estime que sa population varie réellement dans une fourchette allant de 250.000 à 3 millions d'individus. Le CICB a demandé en novembre 2001 au Comité technique de l'accord AEWA le déclassement de cette espèce de défavorable à favorable, tout porte à croire que l'affaire est en bonne voie compte tenu des preuves apportées par le CICB.
Quant à figurer sur la liste des espèces protégées par projet d'arrêté du 18 décembre, elle faisait l'objet d'une mesure pour 5 ans, aujourd'hui un autre projet d'arrêté, sorti le 16 janvier 2002, la protège pour 3 ans. Constatons une fois de plus le sérieux des décisions ministérielles, un jour c'est 5 ans, l'autre 3. De toutes les façons, il faut savoir que 5 ou 3 ce sera en fait perpéte comme toujours.
La Hutte Virtuelle - Pourquoi, selon vous, en sommes nous arrivés là (ouverture 1/09, fermeture 31/01, probablement. 11 espèces de moins la saison prochaine, à moins que .) Manque de communication, d'études scientifiques, de présence sur le terrain ?
Guy Noël Olivier - Il ne manquait ni de communication, ni d'études, ni de présence sur le terrain. Nous en sommes arrivés là par la volonté de la gauche plurielle. Il s'agit d'un problème politique sur lequel nous ne pouvions avoir prise, compte tenu que nous n'avions aucune représentativité à l'Assemblée Nationale, alors que les Verts en ont une et jouent comme les faux culs qu'ils sont, à abaisser les suffrages communistes et socialistes, non pas à leurs profits, car cela ne sera même pas le cas, mais comme des suicidaires, et tout le démontre dans leur politique en dehors de sujets ayant trait à la chasse. Il est absolument fou de voir que 12.000 adhérents Verts, car il n'y en a pas un de plus en France, réussissent à écraser 1.400.000 chasseurs, curieuse démocratie à l'envers où une minorité passe au marteau pilon une majorité de fait.
On ne peut même plus évoquer la Directive 79/409 ou le Conseil d'Etat, le Ministère est en train d'aller bien au-delà et profitant de la loi Voynet/Patriat/Havet de juillet 2000.
La Hutte Virtuelle - L'aspect scientifique est souvent méconnu et nos connaissances sur les espèces migratrices sont souvent jugées insuffisantes de la part des chasseurs et surtout de la part de nos détracteurs. Pensez-vous qu'afin d'améliorer nos savoirs, la collaboration avec des organismes déjà reconnus soit indispensable ? Cet aspect scientifique représente t il, pour vous, l'espoir de la chasse ? La collaboration avec des organismes étrangers (Wetlands, Aewa) est elle possible ? Quand est il avec les organismes français du style LPO ?
Guy Noël Olivier - Le CICB a toujours jugé la collaboration avec des organismes français ou étrangers très intéressante. Nous nous efforçons de participer à tous les séminaires scientifiques où notre présence est toujours appréciée et à toutes les études ayant trait aux bécassines. Le Président du CICB est membre du groupe bécasses, bécassines de Wetlands International, adhérent bâtisseur de la Fédération des associations des chasseurs d'Europe, observateur au Comité technique de l'accord AEWA, expert oiseau migrateur du Conseil International de la chasse entre autre.
Nous avons aussi une grande sympathie pour les organismes suivants : Ramsar, Berne, Bonn, UICN, WWF dont nous suivons tous les travaux. Le CICB serait prêt à dialoguer avec tout organismes n'ayant pas pour mission première la cessation de toutes formes de chasses en France.
La Hutte Virtuelle - Que pensez vous des PMA ? Sont ils indispensables pour nous protéger des " viandards ". Les connaissances scientifiques et les effectifs nous obligent ils à nous limiter ou la manne céleste est elle inépuisable ? En d'autres termes la chasse a-t-elle un réel impact sur la santé des populations. Cet impact n'est il pas compensé par l'aménagement en direction de l'avifaune qui est effectué par les chasseurs ?
Guy Noël Olivier - Les PMA font partie des schémas départementaux dont nous ne savons quoi dire aujourd'hui tant la situation bouge vite.
Nous serons favorables au PMA le jour où on nous expliquera pour prendre un exemple concret connu : pourquoi 3 bécasses journalières, pourquoi pas 2 ou 5 ?
Nous ne sommes pas certains qu'on puisse faire respecter un PMA sans savoir l'expliquer dans un rapport effectif de population de l'espèce/prélèvement PMA.
C'est pourquoi pour ce qui nous concerne, nous serions favorable à un quota annuel par rapport à un territoire géré en prenant la moyenne des prélèvements des 10 dernières années ; cela aurait le mérite de donner un sens à la gestion très onéreuse des territoires, à nous protéger des viandards car au CICB nous n'admettons les cartons qu'au stand de tir et réfutons l'esprit de compétition, particulièrement sur les espèces sauvages non reproductibles. Et quelques part, il faut le dire que c'est à cause d'excès commis et qui se commettent que nous souffrons tant aujourd'hui. Alors que précédemment dans vos questions vous cherchez des responsables ailleurs, un PMA est journalier alors que le quota est saisonnier. Notre préférence irait au second plus intelligent et tout autant restrictif facilite la question des dates d'ouverture ou de fermeture, puisque dans le quota la date de fermeture peut être le 25 novembre si le quota était atteint par accident.
La Hutte Virtuelle - Je prends souvent comme exemple le Québec et les oies blanches dont la prolifération oblige les autorités à rouvrir la chasse au printemps afin d'en limiter la population. Cet exemple serait il transposable en France ? La chasse peut elle jouer un rôle de régulation et de sélection, favorisant la dynamique des espèces ?
Guy Noël Olivier - C'est un exemple facile que nous nous sommes donnés la peine d'aller étudier pendant 8 jours au siège de Ducks unlimited à Winnipeg. Facile parce qu'il s'agit d'un accord portant sur 3 pays : Canada, Etats-Unis, Mexique. Ici il faudrait s'accorder entre 70 pays du Paléarctique Occidental et nous vous souhaitons bonne chance. Par ailleurs vous oubliez que l'accord américain était parti d'une situation catastrophique des populations d'oiseaux, alors que les nôtres se portent globalement assez bien. Mais qu'on se rassure, le problème n'est plus là du tout, il est à l'image de la Belgique et des Pays-Bas et non du Québec. Nous nous dirigeons vers la non chasse. Bien sûr qu'il faut savoir se limiter, la manne tombée du ciel (terme dont nous sommes l'auteur) est tout à fait limitée. La chasse a bien sûr un réel impact, non pas sur la santé mais, sur l'effectif des populations, impact compensatoire car une population chassée est beaucoup plus prolifique qu'une population protégée, mais que ceci ne soit pas la porte ouverte aux abus que, nous le répétons, nous réprouvons quand ils en existent et ils existent. L'autre impact compensatoire positif de la chasse est l'aménagement des territoires qui contribuent par exemple en matière de bécassines à diminuer de façon énorme la mortalité naturelle de notre point de vue cet impact bien que non mesurable est supérieur au prélèvement par la chasse.
La Hutte Virtuelle - N'est il pas possible de justifier la chasse d'un point de vue biologique au moyen de la mortalité compensatoire (perte estivale compensée par la natalité). Quand est il des prélèvements en début de remontée, peuvent ils être biologiquement supportables voir bénéfiques ?
Guy Noël Olivier - Nous pensons avoir débordé de la question 23 en passant à 24 pour partie. Pour le reste il est bien certain que les prélèvements d'été durant la migration post-nuptiale ont biologiquement peu d'importance, s'agissant d'oiseaux juvéniles dont 1 sur 2 disparaîtra au cours de l'hiver et surtout au printemps (mars - avril manque de ressources trophiques).
La Hutte Virtuelle - On a de plus en plus l'occasion de voir des espèces exotiques dans nos régions (ouette (oie) d'Égypte, cygne noir, bernache du Canada, carolin etc. .). L'impact de ses introductions est-il négligeable, ou à terme allons nous avoir un problème de concurrence ou de croissement comme c'est le cas avec les 2 érismatures ?
Guy Noël Olivier - Oui l'impact de ces introductions est tout à fait négligeable pour ce qui concerne la France. S'il fallait régler le cas des érismatures avec la volonté de le faire, le problème peut être réglé très vite.
Encore faut-il le vouloir.
La Hutte Virtuelle - Après la stabilisation politique, le climat actuel n'étant que peu favorable à une réforme en profondeur, pourrons nous défendre et réhabiliter notre passion. Avons-nous les éléments scientifiques qui nous permettront de justifier le fait que la chasse ne met pas en danger les espèces chassables ni les espèces transversales sensibles à la perturbation ?
Guy Noël Olivier - Bien sûr que nous pouvons justifier biologiquement de notre passion nous disposons de beaucoup d'éléments pour le faire, mais depuis que M. COCHET est notre Ministre, il est clair que son conseiller chasse se moque du tiers comme du quart des études scientifiques. La chasse actuelle française, tout le monde le sait, ne met aucune espèce en danger. On ne raisonne pas en terme de biologie des espèces, mais uniquement en terme de basse politique politicienne qui va finalement coûter la peau des fesses au parti socialiste.
Comment peuvent-ils être aussi aveugles pour ne pas s'en rendre compte ?
La Hutte Virtuelle - On nous oppose souvent à de telles ouvertures/fermetures cette notion de perturbation, que pensez vous de la perturbation des autres activités (pêche, tourisme, vtt etc.) ?
Guy Noël Olivier - La seule perturbation ayant un impact réel sur les oiseaux est celle qui intervient à la période de la reproduction : territoire, accouplement, ponte, couvaison, éclosion, les 3 semaines suivantes. Force est de constater qu'à ces moments cruciaux, les chasseurs qui ne l'ignorent pas, ne sont pas sur le terrain, mais que malheureusement ils sont remplacés par d'autres. La pêche ouvre pratiquement le jour où la chasse ferme, mais il ne s'agit que d'un cas parmi d'autres.
La Hutte Virtuelle - Voilà je vous remercie encore pour le temps que vous avez consacré à répondre aux questions. Si vous désirez aborder un autre point, n'hésitez pas. Si vous souhaitez connaître la position d'un dirigeant de la chasse sur un sujet particulier, je lui demanderai de bien vouloir répondre également à quelques questions, dont la vôtre, dans une prochaine newsletter.
Guy Noël Olivier - Je vous remercie à mon tour de m'avoir posé ces 24 questions, certaines, il faut que vous le sachiez et compte tenu de leur pertinence, auraient méritées un développement beaucoup plus complet. Non, je ne souhaite pas poser de question à un dirigeant de la chasse, étant en prise directe avec tout ce qu'elle comporte de responsables réels. Pour les autres, ceux qui sont à la marge, j'avoue ne pas m'en intéresser.