L'interview de Paul Henry Hansen Catta (Novembre 2001)

Monsieur le président et rédacteur en chef du St Hubert, merci d'avoir accepté de répondre aux questions et d'inaugurer ainsi cette nouvelle rubrique qui permettra aux internautes de connaître la position de leurs dirigeants.

Vous êtes souvent "marginalisé" du monde cynégétique et notamment de celui des chasseurs de gibier d'eau en raison de vos propos et de vos prises de position. Loin du clivage et des querelles de personnes, j'ai souhaité lancer et inaugurer cette rubrique avec votre interview, pour déclencher un débat et provoquer des réactions, et ainsi pourquoi pas, faire évoluer un peu ce monde de la chasse.

Cet entretien comporte 2 parties: une série de questions où toutes les personnes participant à cette rubrique devront répondre, questions générales sur la chasse, ses structures et son avenir et une seconde plus ciblée sur la personne interrogée.

Je vous remercie d'avance pour le temps que vous avez accepté de consacrer aux internautes et pour la sincérité de vos réponses.

La Hutte Virtuelle - Vous êtes souvent "marginalisé" du monde cynégétique et notamment de celui des chasseurs de gibier d'eau en raison de vos propos et de vos prises de position.

Paul-Henry Hansen-Catta - Être en marge de la pensée dominante - expression qui paradoxalement stigmatise l'absence d'idées - ne signifie pas pour autant être marginalisé. Un élu, à mon sens, n'est pas là pour caresser ses mandants dans le sens du poil mais pour leur dire la réalité des choses telle qu'il la voit de là où ils lui ont fait la confiance de le placer, et surtout pour leur proposer le chemin qui lui semble le meilleur. Ce positionnement m'a conduit à découvrir puis à expliquer quelques misères de la chasse française : l'ambiguïté des relations avec l'O.N.C., avec le monde agricole, avec les pouvoirs successifs ; le minimalisme, l'aveuglement et la frilosité des dirigeants cynégétiques ; les errements du genre lâchers de gibier et autosatisfaction sur l'explosion des populations de grand gibier ; en un mot l'absence - par atrophie mentale - de politique cynégétique. Après avoir endormi l'opinion cynégétique durant un quart de siècle sur l'air "chassez tranquilles, nous avons les meilleures institutions cynégétiques du monde", "le système" orchestre depuis cinq ans le concert des lamentations sur fond de sinistrose.

La Hutte Virtuelle - D'abord pour ceux qui ne vous connaissent pas, pourriez-vous vous présenter rapidement, expliquer ce que représente pour vous la chasse, le type de chasse que vous pratiquez et nous préciser votre rapport à la nature.

Paul-Henry Hansen-Catta - 45 ans, 5 enfants, autodidacte, éditeur. Ma première émotion de chasse date d'il y a une quarantaine d'années : j'étais en vacances à Lhoumeau, près de La Rochelle, et le fils de la famille qui m'accueillait est rentré un soir d'été de la chasse en bord de mer : il a sorti du coffre de sa D.S. deux ou trois vanneaux, son fusil juxtaposé et ses cartouches en carton marbrées... j'étais admiratif !. Puis, chez mes grands parents, en Anjou, avec une carabine à flèche je me rêvais chasseur. Vint ce soir d'août, chez un oncle du Pays de Retz, où je tuais mon premier lapin à la 9mm. J'avais une dizaine d'années et deux ou trois été durant je passais mes étés chez cet oncle passionné chasseur dont les fils, marxistes, étaient de redoutables manieurs d'idées. Leur "école" fut autrement plus intéressante que les nombreux collèges parisiens que j'ai brièvement fréquentés. Un grand-père monarchiste m'a appris à aimer les livres, d'histoire notamment, et les fleurs. Je dois à mon père, qui m'a fait découvrir Proud'hon, le catalogue de Manufrance, Marcel Aymé, Brassens et Brel, d'avoir compris que réfléchir c'est penser le contraire de ce que l'on croit. Ma mère m'a éveillé à l'émotion esthétique : vous savez cette étrange sensation qui vous fait monter les larmes aux yeux lorsque vous entendez un adagio d'Albinoni ou lorsqu'au petit matin, un ciel superbe surgit de la nuit ; je lui dois d'adorer Bach et les plaisirs de la table. Enfin, l'image et les romans d'un arrière grand père, l'écrivain René Bazin, très féru des choses de la nature, chasseur, chantre du paysan ont achevé de me convaincre que je ne serai jamais de la ville. A 27 ans, journaliste à Paris, je décidais de vivre à la campagne, dans l'Aisne où je n'ai aucune attache familiale. Entre temps, j'avais été initié à la chasse de la Bécasse. Puis les chasseurs de ma commune du village convinrent de veiller aux destinées de leur association communale qui organise des chasses de grand gibier (sangliers, chevreuils). La chasse de l'alouette au miroir m'enchante. Mon rapport à la nature est donc très simplement le goût - au sens physique du terme - de la campagne dont je mesure chaque jour davantage qu'il se distingue de celui de la forêt, sans doute parce que je suis plus virgilien que nietzschéen..

La Hutte Virtuelle - La chasse, tout le monde est, je le pense, d'accord sur ce point, connaît une crise sans précédent depuis quelques années. Quel est pour vous son avenir en France? La chasse peut-elle encore s'inscrire dans une perspective d'avenir ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Une crise oui, mais une crise d'identité. La chasse a longtemps échappée aux questions que toute société moderne pose à toutes les formes de pouvoir qui la compose - la chasse en est une - : qui es-tu, que fais-tu, à quoi sers-tu ? Depuis l'origine des hommes, la chasse est chevillée dans leur histoire et le chasseur, tout au long de cette histoire, fut comme un poisson dans l'eau sociale. A mesure que la mémoire rurale s'est effacée des consciences, à proportion des changements sociaux, culturels, économiques, la chasse a perdu sa place centrale, et dans l'imaginaire, et dans la réalité quotidienne. Et cela en moins d'un demi siècle. La Manufacture des armes et cycles de Saint-Etienne, celle du célèbre et magnifique catalogue, témoigne emblématiquement de cet estompage. La montée de la conscience écologique, une détérioration sans précédent des habitats de la faune sauvage, le réanchantement de la campagne sont les tendances lourdes de ce début de siècle ; les chasseurs doivent les intégrer, en sachant que la diminution du nombre de leurs pratiquants est inéluctable. La vrai question n'est pas de savoir comment enrayer la chute des effectifs chasseurs mais comment faire de telle sorte que la chasse ne devienne pas une pratique exclusivement réservée à des gens aisés. Comprendre son temps, sans pour autant sacrifier à l'air du temps, saisir les évolution sociales et culturelles, écologiques, sont les clefs de notre avenir de chasseur. Ressasser que tout va mal, que les ennemis sont partout, prêcher la sinistrose à longueur de colonnes de revues fédérales, tenir des discours aussi corporatistes que passéistes constituent l'itinéraire le plus direct vers le mur. Ne plus croire en l'avenir, c'est en fait ne plus croire en soi. A entendre le discours dominant de la chasse, il semblerait qu'être chasseur soit un vrai malheur : comment dans un tel climat voulez-vous que la chasse séduise. Notre société est en quête d'authenticité. La chasse peut gagner sur ce terrain une nouvelle légitimité. À condition de ne rien sacrifier à l'artificialisation c'est à dire aux moyens techniques sophistiqués, aux lâchers de tir, au nourrissage intensif ; voyez la désaffection dont le monde agricole commence à mesurer les effets, du fait que l'opinion découvre que les paysans sont devenus des producteurs.

La Hutte Virtuelle - On critique souvent le manque de communication de nos structures fédérales et nationales, la communication est-elle le remède à tous nos maux ? Pensez-vous que d'autres actions peuvent ou doivent être entreprises?

Paul-Henry Hansen-Catta - D'abord la communication n'est pas une fin en soi mais un outil au service d'une politique. Le monde de la chasse n'ayant pas de politique - cette déficience résultant d'une absence de réflexion - il n'existe pas de communication de la chasse. La Fédération nationale des chasseurs a fait savoir qu'il importait de privilégier la communication locale, celle de niveau nationale étant trop onéreuse. Ce n'est pas prendre le sujet par le bon bout. En fait, il y a deux questions à se poser : les chasseurs, leurs associations fédérales ou autres font plein de choses, c'est bien de le faire savoir mais cela intéresse qui ? Subséquemment, qui est-il intéressant d'intéresser ? Je suis convaincu que la communication permet d'ouvrir bien des verrous, encore faut-il voir où sont les portes. Distinguer les points de passages utiles et mettre en place les moyens pour y accéder, c'est cela la stratégie, encore faut-il bien comprendre la géographie de notre temps. J'en mesure la difficultosité car être chasseur, quelque part, c'est refuser ce monde tel qu'il est, s'évader, renouer avec un autre âge, autant de disposition d'esprit qui rendent périlleuse un positionnement prospectif. En clair, parce que nous ne sommes pas vraiment de ce monde, nous avons plus que quiconque l'impérieux besoin de le comprendre pour préserver cette liberté de ne pas en être ... exercice complexe...

La Hutte Virtuelle - On parle régulièrement de CPNT comme une solution miracle en mesure de sauver la chasse. Croyez-vous que ce soit le cas ? La chasse pouvait, peut-elle et pourra-t-elle se passer d'un débat politique avec la montée de l'écologie sur l'échiquier politique ?

Paul-Henry Hansen-Catta - C.P.N.T. entend démontrer la force de nos voix. Ayant voté et appelé à voter C.P.N.T., notamment lors des européennes, je me sens très à l'aise pour constater que le mouvement de Jean Saint-Josse n'a pas sur mettre en ouvre ce qui fonde le fait politique : la rencontre entre d'une aspiration de l'opinion et d'un courant d'idées. L'aspiration de l'opinion sur laquelle prospère la sensibilité verte, est une réalité sociale majeure. La gauche a laissé ce champ à l'écologie politique ; la droite, avec vingt ans de retard, le découvre et commence à balbutier les premières strophes de "l'écologie humaniste". Durant ces cent cinquante dernières années, la fracture gauche/droite s'est faite sur le rapport à l'économie et au travail dans une socité toute tendue vers la recherche du progrès ; dans une société de loisirs et de consommation comme fatiguée de cette tension, la ligne de partage entre la gauche et la droite se recompose d'ores et déjà autour et alentour des questions liées à la qualité de la vie et donc à l'environnement. Il n'y a aucune raison pour que le courant vert occupe à lui seul ce nouveau champ d'expression que C.P.N.T. ne peut investir, du fait de la sensibilité conservatrices d'une partie de ses dirigeants et de l'incapacité des autres à lever le nez du guidon de la chasse. Je reste persuadé que tout reste à faire dans ce domaine car la politique, elle aussi, a horreur du vide. Ceci pour dire que ni les Verts ni leurs succédanés du genre Corinne Lepage et ce qui tourne autour de l'euro-écologisme, n'ont pas vocation à garder le monopole des réponses à ces nouvelles attentes.

La Hutte Virtuelle - Certaines structures cynégétiques sont critiquées et qualifiées "d'archaïques". Quelles sont, pour vous, les associations ou structures qui défendent le mieux la chasse de manière globale, et celles qui la conduisent à sa perte ?

Paul-Henry Hansen-Catta - L'association nationale des chasseurs de grand gibier et, à sa manière, le Club national des bécassiers ont fait et font ce que l'Association nationale des chasseurs de gibier d'eau n'a pas su faire : se projeter vers l'avenir, former des chasseurs éclairés et non des militants. L'Union des fédérations, et bon nombre de fédérations n'ont pas su puiser dans ce vivier. L'Association nationale petit gibier et celle des chasseurs à l'arc développent ce courant de l'excellence et reconstituent, avec les deux premières, le terreau d'une chasse rénovée. L'Institut François Sommer, Forestis, certaines de ces Associations de jeunes chasseurs qui frémissent, certaines fédérations qui ont su ou qui entreprennent de recruter des collaborateurs de talent, participent de ce courant qui placera la chasse sur une nouvelle orbite. L'Association nationale des chasseurs de gibier d'eau à valeur de contre exemple ; le suivisme, le corporatisme, la la crispation, le nombrilisme et l'obscurantisme, en bref la stratégie à front de taureau c'est précisément ce dont la chasse doit se départir. Ma réponse serait incomplète, de votre point de vue, me semble-t-il, si je n'évoquais pas l'Ancer, cette Association pour une chasse écologiquement responsable aimablement qualifiée de "cancer de la chasse" par ceux qui professent l'union. L'Ancer est une association courageuse, qui a peut-être trop négligé l'existence d'un courant irréductiblement anti-chasse au sein de la mouvance écologiste, mais qui oeuvre pour que la chasse sorte de sa gangue, pour cela j'y compte pas mal d'amis et j'ai préfacé l'un des ouvrages de son président, Simon Charbonneau, universitaire d'une parfaite rigueur, personnage gascon plein d'humour et d'intelligence. L'Ancer est très utile en ce qu'elle montre la voie pour que la chasse sorte de son complexe obsidional. L'A.N.C.G.G., l'A.N.P.G., le C.N.B. sont des structures techniques qui participent du même mouvement (avec d'ailleurs des positions éthiques très différentes mais ce n'est pas le sujet). La Fédération des chasseurs à l'arc, me semble faire brillamment la synthèse entre la recherche intellectuelle et la formation à des pratiques exigeantes, en cela elle est une école au sens classique du terme. Ainsi se passe-t-il, à l'écart et à l'insu des institutions, quelque chose de passionnant qui annonce sur le long terme des changements réjouissants.

La Hutte Virtuelle - La chasse n'est habituellement défendue que par son aspect traditionnel. Pensez-vous que cela soit une bonne solution ? En d'autres termes, la chasse doit-elle survivre comme activité traditionnelle ? Toutes les activités traditionnelles sont-elles bonnes à conserver et peuvent-elles être pérennisées ? Comment justifier la chasse de demain ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Immense question ! Tout d'abord, la chasse n'est pas une tradition en tant que tel : c'est une conception de la vie, une vue du monde, un rapport spécifique à la nature, c'est aussi une passion qui, à ce titre, est porteuse de mystère, d'inexplicable, c'est une culture. Elle n'est pas un monde mais un univers composé de multiples planètes que sont les pratiques cynégétiques, pour les unes fondamentalement traditionnelles parce que liées à des savoirs faire fixés, pour les autres en évolution constante, certaines, je pense à l'arc, tendues entre la plus lointaine histoire et la plus extrême modernité. Je reviens à ce concept qui me semble central tant vis à vis de la demande sociale, de l'air du temps, qu'en raison de ce qui fonde la légitimité de la chasse : l'authenticité. Dès lors que tel ou tel mode de chasse démontre son authenticité, dès lors qu'il prouve son innocuité au regard de la pérennité des espèces et de leurs habitats, mieux qu'il leur est utile, son avenir est ouvert. La chance de la chasse ? être la plus ancienne passion du monde dans un monde dont la mémoire s'efface, participer à ce réenchantement de la campagne au moment ou la ville déchante. Le chasseur porte ce lien ultime ; il est celui qui dans les crises, les difficultés, détient les secrets de la survie parce qu'il a préservé ce dont la modernité a cru débarrasser les hommes qui, sourdement, se sentent dépourvus ; c'est l'idée que l'opinion a du chasseur : un survivant rebelle, au prestige énigmatiquement barbare. La chasse offre un concentré exceptionnel de contradictions, une plongée dans l'irrationnel. Dans son livre absolument passionnant , "Le Chasseur et la Cité", essai sur la place de la chasse dans la Grèce antique, l'anthropologue Alain Schnapp écrit : " Le chasseur est peut-être ce médiateur invisible qui, dans la confusion des crises, propose une solution là où tout semble perdu. " . Si la chasse occupe aujourd'hui une telle place dans le débat social, c'est à cause de cela : nous représentons quelque chose que notre temps recherche obscurément.

La Hutte Virtuelle - Le climat autour de la chasse est de plus en plus malsain. Pensez-vous que les extrémismes "chasse et écologie" vont prendre le dessus et que l'on assistera, dans les prochaines années, à des débordements de plus en plus violents?

Paul-Henry Hansen-Catta - Pourquoi un climat malsain ? Parce que les anti-chasse nous taillent des croupières ; parce qu'ils diabolisent le chasseur ? Parce que nous ne sommes plus tranquilles dans notre tour d'ivoire ? Parce que nous sommes sommé de nous expliquer et que nous sommes démunis de tout verbe ? Parce que nous sommes nuls face aux attaques ? Parce que nous sommes moins adroits que nos adversaires. Allons ! nous avons une chance extraordinaire : ce flot d'intolérance fait enfin apparaître la liberté de chasser pour ce qu'elle est : un enjeu de société. L'extrémisme anti-chasse, que dénonçait cet été le quotidien Le Monde dans un éditorial magistral, fabrique une autre violence, celle de chasseurs manipulés par des leaders qui font fructifier un fond de commerce électoral. Mais cela c'est de l'anecdotique. Dans les milieux qui se posent la question des rapports de l'homme à la nature, chez ceux qui réfléchissent à l'évolution des rapports sociaux, qui se penchent sur l'aménagement des espaces naturels, bref chez ces intellectuels, plus souvent de gauche que de droite d'ailleurs - il faut admettre que la droite a depuis longtemps perdu ses facultés neuronales - d'une part que la chasse n'est plus un sujet marginal, d'autre part, elle est considérée comme un thème très intéressant parce que symptomatique de tout un spectre de questions que se pose le monde d'aujourd'hui. Lorsque nous parvenons à être présent dans ces multiples débats, nous bénéficions d'une écoute attentive. En résumé, j'ai la conviction que la position anti-chasse, et son fondement, la zoolâtrie, sont entrés en phase de déconsidération. Plus prosaïquement, si nous ne nous positionnons pas la chasse dans sa dimension culturelle, avec tout l'appareil intellectuel que cela nécessite, nous sommes très mal barrés pour défendre notre liberté. En fait, c'est à l'intérieur de l'univers de la chasse que le climat est malsain. Faute de projets mobilisateurs et donc enthousiasmants, l'intrigue y règne en maître.

La Hutte Virtuelle - L'Europe est souvent critiquée sur son désir d'uniformité et son manque de considération envers les préoccupations locales, régionales dites"traditionnelles". Est-elle la cause de tous nos maux, ou alors la cause est-elle franco-française ?

Paul-Henry Hansen-Catta - L'Europe telle qu'elle se construit a été voulue par une majorité d'Européens et la proportion de chasseurs ayant voté en faveur du traité de Masstricht, ne diffère guère de celle des Français qui se sont prononcés dans ce sens. Lorsqu'il n'y avait ni sécurité sociale, ni congés payés, les chasseurs étaient plus heureux mais l'étaient-il davantage en tant que citoyens. L'évolution d'un peuple, d'une nation, de l'histoire, c'est un tout. L'Europe apporte au capitalisme, à l'agriculture pendant un temps, aux affaires en général ; elle constitue un ensemble dont j'ai la ferme conviction qu'il constitue une idéologie à l'intérieur de laquelle le droit de l'environnement n'est pas l'aspect le plus négatif. De ce droit découle des contraintes qui limitent l'exercice de la chasse parce que ceux qui ont en charge sa défense n'ont pas su se faire entendre. Par paresse intellectuelle, par ignorance, par aveuglement, que sais-je encore, ils ont laissé prospérer un écologisme basique parce que par ailleurs ils avaient partie liée au système libéral. Trop longtemps, nos dirigeants ont cru que pour défendre la chasse il suffisait d'entretenir telles ou telles relations mondaines, amicales ou de réseau, avec tel ou tel ministre, élu ou haut fonctionnaire. Ils n'ont pas voulu voir que la défense de la chasse passait par la dénonciation d'un système productiviste, destructeur des habitats de la faune sauvage. Certes l'Europe est une machine à niveler les identités, comme l'État avant-elle. Mais suffit-il de dénoncer cela ? Ne faut-il pas pousser la logique jusqu'au bout et dénoncer tout ce qui contribue à la destruction de l'environnement. La chasse doit faire des choix : elle ne peut exiger la reconnaissance des identités culturelles et ignorer que ce qui participe à l'effacement de ces identités, c'est à dire l'idéologie du progrès et la logique du profit. La chasse est un élément parmi d'autres d'un héritage que le système social-démocrate exècre. La chasse est un sujet culturel défendu par des incultes

La Hutte Virtuelle - Les chasseurs, et les sauvaginiers en particulier, critiquent constamment la directive 79/409 ou plutôt l'interprétation qui en est faite (si interprétation il y a). Croyez-vous qu'il faille la modifier, la supprimer ou tout simplement faire avec ? Une interprétation en droit français, tout comme l'Espagne et l'Italie l'ont fait, n'est-elle pas plus judicieuse ? Vouloir modifier un texte qui régit depuis plus de 20 ans toutes les orientations en matière d'environnement, de gestion des espaces et des espèces, au niveau communautaire, ne relève t-il pas plus d'une logique de tracasserie procédurière et du "politiquement correct" que de l'objectivité et du bon sens ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Vous m'expliquerez où, quand et comment l'Italie a su judicieusement appliquer le droit européen. Quant à l'Espagne il me semble qu'elle est sous le coup de plusieurs condamnations pour non respect des directives oiseaux et habitats. Les directives 79/409 et 82/43 existent : elles fixent des principes qui ne seront pas remis en cause car il sont constitutifs du droit de l'environnement. Elles obligent à démontrer que les pratiques d'exploitation de la ressource naturelle ne sont pas contraires à ces principes. La toute récente directive Eau va dans ce sens mais les responsables cynégétiques n'y prête pas plus d'attention qu'à la directive Oiseaux, il y a vingt ans. Face aux approximations scientifiques des naturalistes anti-chasse, les chasseurs n'ont rien su apporter d'autre que la menace tartarinesque de leur poids électoral en inéluctable déclin ; ils ont délaissé le terrain de la controverse scientifique. L'explication de nos difficultés se situe précisément à ce niveau.

La Hutte Virtuelle - Une foultitude de dirigeants de la chasse française apprécient peu les schémas départementaux. Est-ce votre cas ? Quel est pour vous l'intérêt de ces schémas ? Trouvez-vous normal que des chasseurs s'intéressent à d'autres espèces que celles gibier ? Que pensez-vous d'un concept de "transversalité" de la chasse?

Paul-Henry Hansen-Catta - Je crois aux schémas parce qu'ils vont placer les Fédérations dans des obligations de résultats, parce qu'ils vont inscrire l'organisation de la chasse dans une perspective, en un mot parce qu'ils nous obligent à l'excellence et nous incitent à l'imagination. Bien entendu, si les instances cynégétiques traînent des pieds, les schémas ne serviront à rien jusqu'au moment où se posera la question : à quoi servent les fédérations ? Bien évidement, il faut que les chasseurs s'intéressent à d'autres espèces que celles qu'ils chassent. La nature constitue un ensemble d'interactions, cette biocénose dont nous nous ne pouvons faire abstraction, puisqu'elle est l'alpha et l'oméga de notre passion. En ce qui concerne la transversalité de la chasse, je crois que toutes les critiques dont je fais l'objet tiennent à ce que pour moi la chasse est le point nodal d'un réflexion philosophique et politique. S'il est une question qui porte la transversalité, c'est bien celle de la chasse, c'est pour cela que le chasseur qui a conscience de cela, non seulement dérange, mais perturbe la pensée unique.

La Hutte Virtuelle - On assiste à la création de nombreuses structures de jeunes chasseurs en France, certaines indépendantes du système, d'autres totalement construites. Pensez-vous qu'il faille laisser les jeunes s'exprimer ou simplement canaliser leur fougue ? Que peuvent-ils apporter au système ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Le jeunisme est la bonne conscience des séniles. Cela mis à part, dès lors que des gens veulent s'exprimer, en tant que jeunes, en tant que vieux, en tant que femmes, en tant gros, que petits, que riches, que pauvres, ils doivent pouvoir le faire, en toute liberté. L'importance de l'écho qu'ils recevront sera fonction de l'intérêt de leur propos. Ce qui importe c'est que tous ceux qui ont quelque chose à dire, tous ceux qui veulent faire quelque chose puissent le dire, puissent le faire. Si nous ne sommes pas capable de favoriser cette libre expression au motif qu'elle est facteur de désunion, la chasse est morte car un corps social n'est vivant que lorsqu'il exprime des contradictions. Qu'est-ce c'est que cette histoires de "canaliser cette fougue" : voudriez-vous dire que les rapport entre chasseurs et institutions sont de l'ordre enfants-parents ? Allez-chez le psy mon ami, votre cas est intéressant. (NDLHV Mes ami(e)s me disent souvent d'aller chez le psy mais le malade n'a pas envie de guérir de cette passion dévorante qu'est la chasse. Concernant le rapport Enfants/Parents a chacun de juger ..) Les Fédérations ne sont pas le cénacle des sages ou des aînés ; elle ne détiennent pas le savoir face à la foule des manants ; elles sont des associations donc la chose des chasseurs. Des jeunes chasseurs regroupés c'est très bien. Pour faire quoi, c'est à eux de le dire. Tout ce qui peut contribuer à faire péter le système qui enkyste la chasse me réjouit, tout ce qui contribue à le faire perdurer m'afflige.

La Hutte Virtuelle - Passons maintenant à des questions un peu plus personnelles, ou du moins qui correspondent plus à votre sensibilité sur la chasse. On dit que vous êtes contre la chasse au gibier d'eau. Le débat chez Dechavanne est d'ailleurs assez révélateur pour beaucoup de monde. Pourquoi avoir pris des positions aussi agressives, en montrant ainsi la division qui existe dans le monde de la chasse au grand jour ? Quelle est votre position sur le gibier d'eau et la manière "traditionnelle"de le chasser ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Qui est "On" ? Un con me disait mon premier rédacteur en chef. En quoi lors l'émission que vous évoquez ai-je manifesté une quelconque hostilité à la chasse du gibier d'eau ? C'est un procès d'intention. (NDLHV La rumeur, l'opinion, les idées couramment défendues sont souvent représentées par le "on". Pour ma part, un plateau de télévision n'est peut-être pas le lieu idéal pour ce genre de débat.).Citez-moi entre guillemets, après on discutera ! En quoi ne pas dire ce que les bien pensants veulent entendre dire est-ce désunir ? Le sermon de l'union (de L'Union?) sert de cache misère à l'indigence argumentaire. Je déplore l'absence de stratégies de l'A.N.C.G.E., je fais le constat de son échec, donc je suis contre la chasse du gibier d'eau. C'est au sens strict un syllogisme. La chasse à la hutte me semble un sommet de l'art cynégétique et un outil essentiel à la préservation des zones humides. Je suis donc totalement acquis à la cause des huttiers. J'avais recommandé à diverses autorités, cynégétiques et politiques, de faire la différence entre la chasse à la botte du gibier d'eau et la chasse à la hutte, entre la chasse de cueillette et la chasse de gestion. Celle-ci, parce qu'elle contribue puissamment à la pérennité des habitats de la faune sauvage, a des droits différents que celle qui est un simple acte de prélèvement. Je n'ai pas été entendu parce que le gros de la troupe est constitué de cueilleurs ; or nous avons manqué là l'occasion de faire valoir une pratique qui mérite un cadre légal qui lui soit propre. Et si la chasse à la hutte doit être sauvée, c'est en démontrant sa spécificité contributive au maintien et à l'entretien des habitats. C'est aussi en se démarquant de pratiques commerciales qui jettent un doute sur son authenticité. J'en profite pour vous faire observer que la Loi chasse tant décrié légalise la chasse de nuit du gibier d'eau et qu'a la faveur de ce texte, une récente décision du Conseil d'État rive leur clou à ses opposants en s'appuyant sur la directive Oiseaux ; d'où l'extrême imprudence qui consiste à réclamer une réécriture de cette directive.

La Hutte Virtuelle - La législation dans votre département est l'une des plus strictes en France pour le gibier d'eau. Concernant l'attache des sauvagines, on ne peut nier qu'il existe certains problèmes mais n'y avait-il pas d'autres solutions que d'interdire leur utilisation. L'utilisation de sauvagines n'est il pas aussi traditionnel et ne procure-t'il pas autant de plaisir au sauvaginier que celui de "simples" colverts ?

Paul-Henry Hansen-Catta - De quoi parlez-vous ? Tout d'abord il n'y a pas de législation propre à l'Aisne : la législation c'est national. Qu'est-ce qu'il y a de plus stricte dans l'Aisne qu'ailleurs ? Et en quoi, si tel était le cas, en serai-je à l'origine. Procès d'intention encore ! (NDLHV Procès d'intention de la rumeur populaire peut-être mais que chaque chasseur connais, quoi de mieux pour en terminer avec une rumeur que d'y mettre un terme par une réponse. Pour la législation il fallait bien entendu comprendre les arrêtés préfectoraux et/ou règlement des fédérations) Vous parlez du dossier des appelants. Comme neuf autres départements, nous ne bénéficions pas de cette libéralité qui permet d'utiliser comme appellant d'autres espèces que le Colvert. Ce n'est pas faute de l'avoir demandé et je tiens à votre disposition une abondante correspondance allant dans ce sens. Je vous signale que cette limitation au Colvert est une stricte application des textes. En d'autres termes, ce sont les autres départements qui ne sont pas dans le droit commun. Et c'est sans doute la raison pour laquelle, malgré mes interventions, l'A.N.C.G.E. n'a jamais levé le petit doigt pour aider les chasseurs de gibier d'eau de l'Aisne à obtenir cette tolérance, craignant sans doute qu'en agissant de la sorte, elle n'ouvre la boite de Pandore. J'ai proposé d'attaquer cette "injustice" au Tribunal administratif : il m'a été recommandé d'éviter une telle action qui pouvait aboutir à une décision qui, au final, risquait de remettre en cause la tolérance dont dispose les autres départements. Permettez-moi de vous rappeler, que si l'ouverture au 10 août à été inscrite dans le décret, c'est parce que lors de l'ultime débat sur la loi chasse à l'Assemblée nationale, Frédéric Gauger, alors président des chasseurs de gibier d'eau de l'Aisne, et moi-même avons pesé du poids de quelques députés amis. Dans ce dernier tournant, il n'y avait aucun responsable national pour gagner cette disposition dont la remise en cause, cet été, démontre une seule chose : la faiblesse des instances nationales à entrer dans des logiques de négociations par crainte de la dialectique des adversaires et par hermétisme à toute forme de maïeutique. La plus grosse carence en ce domaine étant l'absence de contre-rapport Lefeuvre. L'affaire, que l'opinion des chasseurs ignorent, du mercredi sans chasse en dit long sur notre propension à nous prendre les pieds dans le tapis. Le principe du jour de non chasse avait été avancé par François Patriat comme un signe d'ouverture des chasseurs. Peut importe le bien fondé de ce raisonnement, que je n'ai jamais partagé malgré toute l'estime que j'ai pour son auteur. En fait, le projet de loi, voté en dernière lecture, citait le mercredi ou " ou à défaut une autre période hebdomadaire " que les fédérations aurait pu définir au cas par cas, grâce au schémas départementaux et locaux. Or les députés de droite, activés par le lobby chasse, ont porté l'affaire devant le Conseil constitutionnel qui a estimé, au nom du doit de propriété dont la chasse est un des attributs, qu'il ne pouvait pas y avoir de jour de non chasse sauf à imaginer un principe supérieur à celui du droit de propriété. Le Conseil a alors retenu le principe de sécurité des enfants, concluant que ce jour ne pouvait qu'être que le mercredi ! Cette imbécillité du mercredi sans chasse nous la devons aux responsables de la chasse française et à leur alliée du moment, la droite parlementaire ! Mais dans le monde de la chasse il faut s'attendre à tout, même à des élus C.P.N.T. qui il y moins de cinq ans réclamait l'application du principe démocratique "un homme, une voix" pour les élections dans les fédérations et qui maintenant qu'ils siègent dans les instances nationales introduisent un recours contre le décret qui fixe ce principe !

La Hutte Virtuelle - Lorsqu'on vous dit "qu'on chasse les canards quand ils sont là et que c'est pour cette raison qu'on doit ouvrir la chasse au gibier d'eau de manière anticipée", que répondez-vous ?

Paul-Henry Hansen-Catta - je réponds que c'est une question de chasseur à un chasseur (NDLHV C'est pourtant un argument souvent utilisé pour nous défendre, à tort ou à raison.) qui ne voit pas l'intérêt de chasser lorsque le gibier n'est pas là mais qui vous dit que vous êtes à côté du sujet puisque la question posée aux chasseurs par les non chasseurs, la seule question qui fasse débat est "prouvez-moi que lorsque vous chassez vous ne portez pas atteinte à la dynamique des espèces ". Le simple fait que vous me posiez cette question, démontre qu'en fait vous refusez d'aborder le coeur du débat. Descartes vous dirait que votre question est un faux-fuyant.

La Hutte Virtuelle - La chasse au gibier d'eau est considérée comme un rempart pour les autres chasses. Pensez-vous que cela soit le cas ou qu'au contraire les autres modes de chasses (plaines et grand gibier) ne doivent pas se soucier de leur avenir ? La pêche doit-elle craindre également pour son avenir ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Encore un syllogisme, ou une confusion grammaticale. Si je vous suis bien, ne pas considérer la chasse du gibier d'eau comme rempart consisterait à négliger l'avenir des autres modes de chasse. C'est le propre du raisonnement totalitaire (NDLHV Question mal formulée je vous l'accorde. Je vous interrogeais sur l'avenir des autres chasses (plaines et bois) souvent moins critiquées que le gibier d'eau.). Avant d'aller au fond des chose, cette anecdote : lors de l'Assemblée générale des chasseurs de la Somme, en 2000 je crois, Raymond Pouget expliqua que la chasse du gibier d'eau était la ligne Maginot de la chasse française. Sourire des sénateurs et députés présents à la tribune qui, par charité sans doute, n'ont pas voulu relever ce grossier contresens historique. Plus sérieusement, il faut effectivement admettre que la chasse du gibier d'eau est à l'origine des contentieux liés à l'application du droit européen et en ce sens elle révèle de réels problèmes dont le plus important, encore une fois, est la difficulté qu'ont les chasseurs à se justifier. Je vous répondrai donc que si je ne pense pas que la chasse du gibier d'eau soit le rempart que vous évoquez, je suis convaincu que les méthodes misent en oeuvre par ses dirigeants concentrent tout ce qu'il faut proscrire pour défendre les autres modes de chasse. Non seulement la chasse du gibier d'eau n'est pas un rempart mais la façon dont elle est défendue a ouvert plus qu'une brèche dans lequel s'engouffre tout ce que la chasse compte d'hostilité. Ce qui vient de se passer en Gironde, foyer actif de l'alliance C.P.N.T./A.N.C.G.E./F.N.C., confirme cette analyse : la Fédération a obtenu un arrêté préfectoral prévoyant la fermeture de la chasse du Faisan et de la Perdrix au 28 février, ce qui est absolument contraire à la biologie des espèces concernées ; la juridiction administrative va donc se référer à la directive oiseau en appui contre une disposition concernant des oiseaux sédentaires. Vous imaginez ce que cela signifie ... Une première à haut risque que nous devons à une institution cynégétique soumise au dictat des marchands de lâchers de tir. Avez-vous réfléchi déjà aux étymologies d'adversaire et d'ennemi ; le premier indique celui qui est opposé ; le second signifie contraire d'ami ; la chasse compte bien des adversaires mais ses ennemis sont ailleurs ...En ce qui concerne la pêche, mes connaissances limitées du sujet ne me permettre pas de mesurer les enjeux ; mais très certainement, parce qu'elle aussi pose le problème de l'homme prédateur, celle du rapport à la nature et celle de l'impact sur les espèces et le milieu, la pêche sera progressivement confrontée à des questions existentielles. Pourquoi n'ouvririez-vous pas sur votre site un débat pêche à partir de la question du no kill, par exemple, qui à mon sens est une hypocrisie qui desservira à long terme les disciples de saint Pierre.

La Hutte Virtuelle - Dans le St-Hubert de mai-juin un des articles est "La campagne n'est plus l'affaire des seuls paysans " Qu'en pensez-vous ? croyez-vous que le partage de la nature avec d'autres utilisateurs et la mise en place d'un calendrier d'usages (jours réservés) soient la solution ? Faudra-t-il remettre en question le droit de propriété comme certains l'envisagent déjà ?

Paul-Henry Hansen-Catta - L'histoire surgit de la contestation des domaines réservés, du renversement des tabous, elle procède par doute puis révolte, sa matrice est la démographie. Premier point : le consommateur doute de ce qu'il a dans son assiette ; l'habitant des villes investit la campagne : la malbouffe et le droit à la nature, deux expressions emblématiques préoccupations du moment. Deuxième point : quand le nombre des chasseurs chute de 3 % par an, celui des usagers ludiques de la nature progresse de 10% ; d'un côté 1 400 000 pratiquants, de l'autre 15 millions. Faites le compte à dix ans. Conclusion : si les chasseurs ne prennent pas l'initiative du débat sur "vivre ensemble la nature" d'autres le feront à leur place. J'ai organisé il y a un an un colloque sur ce thème, grâce à un député européen C.P.N.T. qui, lui, a compris beaucoup de choses, Michel Raymond, vice-président du Conseil régional de la chasse de Bourgogne. Nous étions près de trois cents, chasseurs et non chasseurs, autour d'historiens spécialistes des droits d'usage, de sociologues observateurs de l'évolution des mentalités, de représentants de la propriété et de l'associatif. Il y a quelques semaines, je participais à un colloque universitaire sur ce thème où j'ai pu constater que les chercheurs - ils étaient une centaine - intègrent sans aucune oeillère la chasse dans ces problématiques nouvelles qui ressortent du droit à la nature. L'enjeux de ces débats naissant : la nature zonée, la nature apartheid, où la nature partagée. Le réductionnisme inculte de l'euro-social-démocratie verrait bien un paysage mitée en zones pour chasseurs, zones pour randonneurs, zones pour pêcheurs, et surtout zones protégées pour laisser libre cours aux productivismes en tout genre là où il n'y a pas de protection. Face à ce libéralisme, il faut construire des systèmes de relations permettant d'apprendre à partager ensemble des ressources aussi diverses que l'air, la tranquillité, le paysage, la faune, la flore ; l'idée d'une charte des droits et des devoirs a été lancée ; les chasseurs doivent aussi apprendre ce qu'est la négociation au plus proche du terrain, car si de grandes règles doivent permettre de consacrer les libertés et les obligations de chacun, c'est localement que tout cela peut être harmonieusement mis en oeuvre. Cette question du droit à la nature, au même titre que l'affirmation du droit de l'environnement dans le cadre de l'application des directives européennes existantes et à venir, est déterminante pour l'avenir de la chasse. J'ignore à qui vous faites allusion lorsque vous parlez de certains qui envisagent de remettre en cause le doit de propriété, mais je pense qu'opposer le droit de propriété au droit à la nature se situe au même degré d'aveuglement que celui où se placèrent, dans les années 1850, ceux qui voulurent imposer la supériorité des droits du capital face à la montée des revendications sociales. La propriété privée, concept récent issu de la Révolution française et qui marque le triomphe de l'esprit bourgeoisie sur l'esprit aristocratique, peut être considérée tel - à ce titre son destin à l'échelle de l'histoire est compromis - soit comme un élément de l'organisation sociale donc appelé à évoluer pour perdurer. Je vous signalerai que les chasseurs ont largement écorné le droit de propriété avec les Acca au nom d'un principe supérieur d'intérêt général ; les agriculteurs également avec le droit du fermage et les Safer. L'intérêt général, dont l'État a la responsabilité, se déplace en fonction des évolutions politiques, culturelles, économiques, sociologiques, historiques. Ce déplacement fait le droit qui par définition n'est pas immuable, et c'est heureux. Alors le droit de propriété dans cette affaire du droit à la nature est incontestablement interpellé mais en aucun cas cela ne signifie sa remise en cause tout comme le droit de l'environnement ne signe pas l'arrêt de mort du droit de chasser. Il faut arrêter d'avoir peur de tout ce qui se passe, c'est à dire de tout ce qui évolue, il faut arrêter de se réfugier dans des certitudes qui sont les fétus de paille sous le vent de l'Histoire.

La Hutte Virtuelle - Que pensez vous de la position d'Hubert Reeves (AstroPhysicien et Président du ROC) que vous interrogez également dans ce St-Hubert et qui accepte la chasse mais uniquement comme une activité de régulation ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Cet entretien est effectivement important. Reeves d'ailleurs s'y contredit puisqu'il reconnaît que la chasse est nécessaire pour réguler les espèces mais qu'elle n'est plus nécessaire à l'Homme en ce qu'il n'a plus besoin d'elle pour se nourrir. Ce qu'il nie donc, d'une certaine façon, c'est la dimension culturelle de la chasse, ne retenant que son aspect utilitaire. Au passage, cela démontre que l'idée d'une chasse originellement née du besoin nutritionnel mérite d'être revisitée, ce que j'aborde dans un film que diffusera Arté le 30 octobre prochain. Et sur ce sujet du pourquoi la chasse, il serait très intéressant que la Hutte virtuelle lance un débat, j'y participerai avec plaisir. Revenons à Reeves : l'entretien qu'il a accordé au St Hubert, tout comme celui de Brigitte Bardot, dans le n° suivant, montre très précisément où se situe l'opposition à la chasse : dans le déni de sa dimension culturelle parce que c'est là son point fort.

La Hutte Virtuelle - L'aspect scientifique est souvent méconnu et nos connaissances sur les espèces migratrices sont souvent jugées insuffisantes. Pensez-vous qu'afin d'améliorer nos savoirs, la collaboration avec des organismes déjà reconnus soit indispensable ? Cet aspect scientifique représente t' il, pour vous, l'espoir de la chasse ?

Paul-Henry Hansen-Catta - De quels organismes parlez-vous ? L'O.N.C.F.S. Cela fait vingt ans qu'il accumule des données sans produire une argumentation crédible ? L'Ompo, ce machin à bouffer des subventions et complètement inféodé à l'A.N.C.G.E., ce qui d'emblée lui ôte toute crédibilité scientifique ? Il me semble qu'il faut mobiliser tous les passionnés de migrateurs, chasseurs et non chasseurs, à travers leurs associations et institutions respectives pour mettre en place des points d'observation paritaires avec un objectif à cinq ans pour analyse des résultats. Il serait tout à fait dans le rôle de l'O.N.C.F.S. d'établir le protocole scientifique d'un tel dispositif qui aurait pour intérêt de restaurer les conditions du dialogue puisque nous sommes aujourd'hui dans une logique de totale incommunicabilité, les observations des uns étant contestées par les autres et inversement. En prenant l'initiative de la transparence - et le faisant savoir - les chasseurs apporteront la preuve de leur sincérité et obligeront leurs adversaires à entrer dans cette logique ; au bout du compte, il y aura des chiffres, non contestés, dont il faudra tirer les leçons ; et par ailleurs durant cette période les uns et les autres auront appris à mieux se connaître donc à mieux de comprendre. Bien entendu ceux qui au niveau national entretiennent un fond de commerce fondé sur l'opposition à la chasse ou sur la guerre aux anti-chasse n'ont aucun intérêt à favoriser cette solution. Le plus difficile dans l'affaire : les neutraliser. Toujours l'histoire des adversaires et des ennemis...

La Hutte Virtuelle - Les anti-chasses se servent souvent d'arguments "scientifiques ou biologiques" totalement erronés ou sortis de leur contexte pour justifier la fermeture de la chasse. Comment ramener le débat sur le terrain idéologique et faire comprendre la passion de la chasse à ces personnes ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Je n'observe qu'une chose : le Conseil d'État s'appuie sur un unique rapport, cautionné par un scientifique, pour prendre des décisions qui limitent la liberté de chasser. Je suis convaincu, et l'auteur du rapport le reconnaît d'ailleurs, que le débat scientifique n'est pas clos. Il faut donc nourrir ce débat scientifique par le dispositif évoqué précédemment. Mais votre question pose un problème dialectique : au prétexte que - je vous cite - " les anti-chasses se servent souvent d'arguments "scientifiques ou biologiques" totalement erronés ou sortis de leur contexte " il faut " ramener le débat sur le terrain idéologique " ; il y a confusion : le problème des dates est d'ordre scientifique et technique, la question de la chasse est d'ordre idéologique. Il importe donc de s'installer sur le terrain scientifique de façon crédible et sereine ; et de se positionner dans la sphère culturelle. Nos structures sont issues d'une période où la question de la chasse ne se posait pas, du moins en ces termes ; elles ne sont donc pas en mesure de répondre à ce double défi scientifique et culturel. Comme pour tout système qui n'en plus en phase avec son temps, la langue de bois devient leur moyen d'expression et les enjeux de pouvoir leur raison d'être. Du certaine façon, les partis et bien d'autres piliers de notre démocratie fatiguée, vivent cette situation de déconnexion. Jusqu'au jour où un facteur extérieur fait prendre conscience aux opinions concernées que le système tourne à vide, que les pouvoirs sont stériles, alors l'ordre établi pète puis se reconstitue sur de nouvelles bases jusqu'à ce qu'il se réduise à nouveau à des enjeux de pouvoirs pour éclater encore ... c'est le mouvement de l'histoire.

La Hutte Virtuelle - Les connaissances scientifiques pourraient servir de base à un prélèvement contrôlé des espèces, comme il en existe déjà dans quelques associations, et qui permettrait aussi aux chasseurs de se débarrasser de l'image de "viandards". Que pensez-vous de telles mesures ? La mise en place d'un PMA généralisé (toutes espèces, tous modes de chasse) doit-elle se faire et surtout sur quelles bases (PMA par espèce, par installation, par chasseur etc.)?

Paul-Henry Hansen-Catta - Le P.M.A. m'a toujours semblé un système pervers. Ce dispositif se limite à " fixer le nombre maximal qu'un chasseur est autorisé à capturer dans une période déterminée sur un territoire donné. " En clair le P.M.A. prend davantage en compte le nombre de chasseurs que les quantités susceptibles d'être prélevées. D'un côté, la gestion des hommes, de l'autre celle des espèces à prélever. Je pense que le plan de chasse correspond mieux à la situation. Or ce dispositif pour le gibier d'eau est réglementairement quasiment impossible sauf si le ministre de l'environnement en prend l'initiative après avis du Conseil national de la chasse et de la faune sauvage, alors que pour toutes les autres espèces chassables il peut être simplement institué par le préfet. Pourquoi une telle incongruité qui résulte d'un décret de 1989, jusqu'alors passé inaperçu ? Il semble qu'elle est dûe à une intervention de l'Association nationale des chasseurs de gibier d'eau qui a voulu ainsi éviter un encadrement trop strict des prélèvements. Une erreur qui apparaît d'autant plus criante aujourd'hui que les échecs successifs enregistrés en ce qui concerne les périodes de chasse tiennent essentiellement au manque de données crédibles sur les prélèvements. Et ce n'est pas le Prélèvement maximum autorisé (P.M.A.) qui peut combler ce déficit. Argument opposé au plan de chasse gibier d'eau : parce qu'ils sont migrateurs, anatidés, rallidés, oies et limicoles ne peuvent faire l'objet d'estimations (densité avant naissance, taux de reproduction) comme les espèces sédentaires. Toutefois il existe des données objectives : la moyenne des prélèvements et les mouvements migratoires ; le croisement de celles-ci sur plusieurs années peut permettre d'arrêter un plan chasse qui s'affinera de saison en saison. Bien entendu, le plan de chasse écarte ce qui fait l'un des charmes de la sauvagine : l'espoir du passage du siècle ; mais n'est-ce pas au prix du renoncement à ce rêve, que cette pratique garantira son avenir ?

La Hutte Virtuelle - Vous vous étonnez dans le St-Hubert de Juillet-Août qu'aucune donnée scientifique ne soit sortie des observations menées par l'ONCFS (et donc indirectement de leur collaboration avec l'OMPO et l'ANCGE). Pensez-vous réellement comme vous le suggérez en conclusion de votre réponse à P. Bettig que les données scientifiques disponibles "disent autre chose que ce que les responsables cynégétiques nationaux voudraient" ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Vous tronquez mon analyse ; je propose deux hypothèses : celle que vous relevez, ou celle de données qui n'ont pas été réellement exploitées, auquel cas nous serions en présence d'une incurie gravissime. Très franchement, je ne penche ni pour l'une ni pour l'autre, mais d'évidence c'est l'une ou l'autre. (NDLHV C'est un peu un faux-fuyant aussi comme réponse, non ?)

La Hutte Virtuelle - Même si les oiseaux migrateurs, de part leur mouvements incessants, sont beaucoup plus difficiles à gérer que le gibier sédentaire, est-il possible de mettre en place des politiques de gestions cohérentes? L'exemple des oies blanches du Québec montre, qu'afin de maintenir un effectif et surtout un renouvellement de la population, qu'il a fallu autoriser la chasse de printemps afin d'augmenter les prélèvements. Cet exemple est-il transposable en France/Europe ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Sans doute voulez-vous parler des bernaches, les oies blanches c'est autre espèce, moins méfiante, mais c'est une autre histoire ... (NDLHV Non, je parlais bien des oies blanches dont la chasse de printemps est autorisée sous certaines conditions au Québec.).Que faut-il gagner au fond, aussi bien pour la liberté de chasser que dans l'intérêt des espèces ? Le remplacement de la limitation du temps de chasse par la limitation des prélèvements. Votre exemple illustre parfaitement cette démarche que j'avais expliqué à François Patriat lors de nos premières rencontres. Il a buté sur une incompréhension totale du ministère pour une telle approche. Mais il a également remarqué un manque d'intérêt tout aussi fort des instances cynégétiques pour explorer cette voie. Je suis convaincu que la solution est dans cette approche totalement nouvelle mais qui bouleverse des convictions très ancrées aussi bien dans la culture cynégétique que naturaliste. Ne voit-on pas encore des chasseurs réclamer, et obtenir, des réductions des périodes de chasse pour des espèces sédentaires pourtant soumises au plan de chasse. Dès lors que l'on est en mesure d'établir la quantité d'animaux à prélever, d'intégrer les effets de ces prélèvements sur la dynamique des populations, la période de l'année où ils sont prélevés n'a plus d'importance. Reste, après, à régler la question des périodes de chasse au regard des autres activités humaines, mais là il s'agit d'une question non plus scientifique mais sociale qui renvoie à ce que nous évoquions tout à l'heure à propos du droit à la nature. Je suis convaincu que si les chasseurs engageaient une réflexion poussée sur la problématique de la maîtrise des prélèvements en substitution aux limitations du temps de chasse, nous ouvririons de nouvelles perspectives. Cela suppose de concevoir de tout autre rapport avec ceux, non chasseurs, qui s'intéressent aux migrateurs en particulier et à la faune sauvage en général.

La Hutte Virtuelle - Si les données scientifiques montraient que l'ouverture pouvait se faire par décades, limicoles mi juillet au moment de leur migration, canards de surface début août, plongeurs et rallidés début septembre, cette solution ne serait-elle pas un bon compromis ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Certes, tout est imaginable, encore faut-il avoir des arguments, or ceux-ci font défaut, tout du moins n'ont-ils pas été mis en forme. Toutefois, ces décades sont un aggiornamento qui ne règlent rien au fond. La limitation du temps de chasse est une conception archaïque. Et si nous ne décidons pas une bonne fois pour toute à reconsidérer l'ensemble du problème, ceux qui tiennent le système nous broieront. Faisons le pari de l'intelligence, ouvrons-nous aux méthodes de la métapolitique et admettons une bonne fois pour toute qui tout échec tient à la supériorité de l'adversaire. Banalité, lapalissade ? Affectivement, sauf manifestement pour l'univers de la chasse.

La Hutte Virtuelle - On nous oppose souvent à de telles ouvertures/fermetures la notion de perturbation, que pensez-vous de la perturbation des autres activités (pêche, tourisme, vtt etc.) ? Que pensez-vous de l'impact sur les zones humides (entretien des marais à bécassines par exemple) d'une réduction importante de la période de chasse ?

Paul-Henry Hansen-Catta - Des scientifiques ont écrit sur ce sujet : les facteurs principaux de maintien des zones humides sont les activités hallieutiques et cynégétiques. Or nous n'avons jamais su valoriser ces travaux. J'avais évoqué devant des responsables de l'A.N.C.G.E. l'exemple de Duck illimited, cette organisation américaine dont les méthodes de financement ne sont pas certes pas transposables en Europe, mais qui si elle faisait l'objet d'une information soutenue en Europe ouvrirait bien des esprits. Cela suppose d'emmener des journalistes, des politiques au Canada et aux États-Unis. J'ai constaté que ces responsables ne voyaient aucun intérêt à une telle démarche. Tout comme au lendemain de la parution du rapport Lefeuvre, il m'apparaissant incontournable de mettre immédiatement en chantier un contre rapport : il me fut répondu que ce rapport n'étant pas scientifique, il n'appelait pas de réponse scientifique. Cela s'est passé devant témoin. Un an plus tard, au moins, l'A.N.C.G.E. publiait un texte prétendant répondre à Lefeuvre et d'une confondante médiocrité. Sans aucun effet bien entendu.

La Hutte Virtuelle - Voilà je vous remercie encore pour le temps que vous avez consacré répondre aux questions. Si vous désirez aborder un autre point, n'hésitez pas.

Paul-Henry Hansen-Catta - La chasse est une culture subtile que nourrit une passion simple et qui pose des questions complexes : elle est symptomatique des contradictions humaines. Les positions abruptes de ceux qui prétendent la défendre, leurs tracts, leurs cailloux, leurs vociférations d'estrade expriment sa mauvaise part. Sa bonne part c'est ce qu'elle dit de notre nature d'homme tendu vers le défi. Je m'explique : lorsqu'un singe fructivore eut l'idée du haut de son arbre d'attraper le petit ongulé qui courait si vite, notre histoire d'homme commençait. Par défi, par jeu. Puis ce fut cette passionnante construction de l'humanité autour du gibier et de ses représentations ... la chasse comme premier lien entre les hommes. L'anthropologue Robert Ardrey explique la chasse comme facteur déclenchant de l'humanité. Avec la chasse, l'acte sauvage du prédateur devient art de la maîtrise de soi, c'est le mythe d'Actéon/Artémis et de saint Hubert excellemment expliqué par Dominique Venner dans son Dictionnaire amoureux de la chasse : " Actéon est puni pour avoir enfreint les limites de la passion cynégétique, pour avoir symbolisé ce qui, dans l'intervention des hommes, menace la nature libre et sauvage figurée par Artémis. [...] La légende de saint Hubert s'apparente au même symbolisme, bien que sous une forme atténué et christianisée. Le futur évêque était aussi un veneur acharné, l'un de ces "tueurs" que les autres chasseurs sont les premiers à rejeter. Seule différence avec Actéon, le futur saint Hubert s'est repenti à temps. [Ainsi] " chasser en saint Hubert signifie non seulement observer l'autolimitation qui assure la préservation de la faune, mais accorder aussi au gibier dans la mort le respect qui lui est dû. "En devenant chasseur, le petit d'homme s'ouvre à ces choses essentielles de la vie.

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