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  1. #1
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    Le grand coup de froid du 23 décembre 1962 en baie d'Authie

    Petite histoire tirée de l'almanach du chasseur 2014-2015 mais dont l'auteur n'est pas nommé dans le livre...

    Bonne lecture à tous

    Intriguée par cette passion qui occupait tous mes week-ends en hiver, la jeune fille, qui allait devenir mon épouse, avait émis le souhait de connaître la chasse et la hutte. Je réservai donc mon gabion préféré pour 2 nuits à La Madelon de l'Authie, l'avant-veille du Noël de 1962. Nous quittons donc Paris en fin de matinée le 21 décembre dans ma 4 CV Renault, direction la baie d'Authie...

    Le temps n'est pas fameux, exécrable même! Depuis une bonne semaine, il fait un temps doux et humide, qu'accentue un fort vent d'ouest. Tout en conduisant sous la pluie, je me fais la réflexion que ce sont vraiment là les pires conditions pour aller chasser le gibier d'eau sur le domaine maritime.

    Mais, baste ! L'espoir fait vivre, surtout avec les oiseaux migrateurs.

    Pendant toute la durée du voyage, j'observe machinalement la direction des fumées des cheminées, les girouettes et les drapeaux, mais ce sacré vent d'ouest semble bien accroché. Nous arrivons vers le milieu de l'après-midi à Grofliers, ce minuscule village situé au nord de la baie, situé pas très loin de Berck. En sortant de la voiture, ma fiancée découvre la baie d'Authie, paysage qui lui semble à la fois magnifique et nostalgique. Dans un premier temps, nous allons saluer le propriétaire de "La Madelon de l'Authie", ce cafetier qui fait également recette en location de gabions. Avant de nous rendre sur le DPM pour prendre possession du notre, nous nous donnons le temps d'avaler une "bistouille", genre de café bien arrosé, ce qui me permet de questionner les habitués accoudés au bar sur les tableaux qu'ils ont réalisés les nuits précédentes. D'après leurs dires, ceux-ci n'ont pas été fameux, loin de là, mais à priori, tout devrait changer cette nuit. L'ambiance dans le bistro est survoltée, et d'évidence, il semble bien que les huttes et gabions seront majoritairement occupés cette nuit...

    Bon, le soir tombe vite à cette époque, et il est grand temps de sortir nos affaires puis de les transporter jusqu'à l'embarcation qui va nous transborder sur la rive sud de l'Authie. J'ai réservé un gabion que j'aime bien, idéalement placé dans une courbe, et dans lequel j'ai obtenu de bonnes réussites. La traversée de l'Authie est rapide. Mes appelants, énervés dans leur sac, n'arrêtent pas de cancaner, ce qui intrigue et amuse ma fiancée. Arrivés sur place, je commence par poser mes affaires sur le capot du gabion. Là, je me dis que ce n'est peut-être pas une bonne idée d'avoir amené une jeune femme ici. L'endroit froid et humide, sent "bon" la marée, et le confort est inexistant.

    Tout en piquant mes appelants, je constate que les vents ont tourné dans le sens des aiguilles d'une montre pour se fixer au nord-est, et que la température est en chute libre. Cela ne veut pas forcément dire qu'il y aura un mouvement de gibier cette nuit, mais les huttiers concevront parfaitement ma jubilation. Comme le font traditionnellement les gabionneurs, je pique la chanteuse loin sous le vent, 2 autres canes moins bavardes, devant les guichets, à droite d'un paquet de blettes en bois, et mon malard à l'opposé.

    J'aide ma compagne à rentrer dans le gabion, puis je la rejoins après avoir enlevé mes cuissardes. Un dernier coup d'oeil au vent pour m'assurer qu'il n'a pas changé de direction, puis, satisfait et heureux, je referme le capot. Mon premier geste consiste à allumer le réchaud pour donner un petit coup de chaleur dans cet intérieur glacial et humide. Dans un second temps, j'installe mes affaires de chasse. Mon fusil est vite monté et rangé à sa place. Jumelles et cartouches sont placées sous les guignettes dans un ordre très précis, car lorsque le gibier est posé, il est impératif d'éviter de renverser ou de cogner, même légèrement, quoi que ce soit. Le moindre bruit fait alors disparaître les canards en une fraction de seconde. Comme tous les gabions de la baie, nous disposons de quelques bougies pour nous éclairer, mais, prévoyant, j'ai emmené une grosse lampe électrique, qui me servira également pour ramasser le gibier désaillé...s'il y en a.

    Mon gabion c'est loin d'être un palace, ce serait même plutôt le gîte des courants d'air, mais je m'y sens bien. Ma compagne, qui s'est emmitoufflée dans son duvet, semble se demander ce qu'elle est venue faire ici...

    A cet instant, je perçois un sifflement flûté de sarcelle qui m'immobilise. Vite, j'éteins ma lampe et j'ouvre doucement la guignette centrale. Il fait déjà bien sombre et le vent souffle fort, en plein "nord-est". Je distingue une paire de sarcelles qui nagent à droite de mes appelants. Je n'ai pas encore posé ma lunette sur mon fusil, mais il fait encore assez clair pour tirer sans. Les petits canards se superposent...je tire, et j'ai la chance de les immobiliser tous les 2. Satisfait, je me prépare à sortir pour aller les ramasser, lorsque ma chanteuse s'énerve. Son chant est repris par mes moyens cris et par mon amassoire. Je n'ai pas le temps de me poser des questions, qu'une grosse bande de colverts se pose dans un jaillissement d'écume à gauche de mes blettes. Il y a là une bonne vingtaine de canards éparpillés devant moi...! J'épaule précipitamment car dans le même temps, j'entends les appelants d'un de mes voisins qui rappellent fort. Je trouve un paquet d'oiseaux bien groupés dans mon réticule. Sans hésiter, je tire mon premier coup, suivi immédiatement, après avoir relevé mes canons, de mon deuxième coup. Des claquements d'ailes sur l'eau m'annoncent qu'il y a des blessés. J'enfile mes cuissardes et je me dépêche de sortir pour achever 2 désaillés et ramasser le gibier mort.

    Une fois dehors, je sens le froid qui me pénètre. Le ciel est tout étoilé et les bords de ma mare commencent à geler. Quel changement de temps !!!

    Je ramasse 5 colverts, ce qui est inespéré, ainsi que mes 2 sarcelles, puis, frigorifié, je me dépêche de réintégrer le gabion. Avant de refermer la trappe, j'entends au loin de nombreux coups de fusils sur la rive nord d'Authie.

    La nuit s'installe... Ma fiancée, allongée et emmitouflée dans son duvet, s'est endormie. Je la réveille doucement pour dîner, car je meurs de faim. Le repas concocté par ma compagne est sympathique. J'embrasse tendrement la femme que je vais épouser.., j'admire mes canards accrochés sur une des cloisons, le vent de nord-est souffle fort, le passage bat son plein...Comme la vie semble belle à cet instant...

    Nous sirotons un café emmitouflés dans nos duvets, lorsqu'il me semble percevoir les sifflements si caractéristiques des vingeons. J'éteins vite réchaud et lampe avant d'entrouvrir la guignette centrale. Effectivement, ce sont bien des siffleurs qui arrivent de la mer, et ils semblent être très nombreux. Les sifflements se rapprochent vite, très vite... Brusquement, leurs ailes ronflant comme un moteur d'avion, les siffleurs passent au ras de notre affût. Dans le même temps, mes appelants se déchaînent. Leurs chants, mélangés aux sifflements des vingeons, font un bruit d'enfer. De peur que le gibier voit le blanc de mon visage, je referme doucement la guignette. Les siffleurs tournent une fois, deux fois, et brusquement, dans un mélange de bruissements d'ailes et d'éclaboussements d'eau, j'entends qu'ils se posent sur ma mare. Quelle émotion !!! J'attends quelques secondes avant d'ouvrir délicatement mon guichet pour constater, sidéré, que tout mon plan d'eau est littéralement couvert de siffleurs.

    Combien y en a t'il? Impossible à dire, mais certainement plusieurs centaines...

    Mon fusil calé dans le creux de mon épaule, l'oeil vrillé dans ma lunette de tir, je recherche un paquet d'oiseaux bien groupés, lorsque mon voisin le plus proche tire 2 fois. Au bruit fait par les détonations, tous les siffleurs s'envolent. Instinctivement, j'envoie mes 2 coups en direction de l'envol...un peu n'importe où. Malré ce manque de chance, je réussis quand même à tuer 4 vingeons qui flottent ventre à l'air, dont 3 magnifiques mâles. Je constate en allant ramasser mon gibier que la glace commence à prendre les bords de ma mare. Je me fais la réflexion que je suis en train d'assister à un très grand coup de froid. Effectivement, ma mare est complètement prise vers les 21 heures.

    Dehors, ce ne sont que des bruissements d'ailes accompagnés de cris et de sifflements de toutes sortes. Mouettes, courlis, pies de mer, pluviers, c'est une fuite générale...Entre 2 poses, je suis étonné d'entendre des coups de fusils répétitifs venant de différents gabions. J'apprendrai le lendemain que certains chasseurs tiraient les canards...au vol. Heureusement, le peu de réussite et surtout le froid glacial les découragent rapidement.

    Prenant mon courage à 2 mains, je quitte régulièrement la bonne chaleur de mon duvet, pour aller casser la glace et dégager un petit "clair" de 4 mètres sur 3. Vers 2 heures du matin, mon tableau est de 4 sarcelles, 7 colverts, 6 siffleurs, 3 milouins, 4 morillons, 2 pilets et 1 oie cendrée qui est venue se poser toute seule. Je ne me lasse pas d'admirer mon gibier, que j'ai accroché aux cloisons. Je fais le constat que c'est, et de très loin, ma meilleure nuit à la hutte. Une bande d'oies cendrées, les ailes mortes, tournent longuement autour de ma mare gelée. Après de longues minutes, les oies décident d'aller se poser en baie. Tant pis! Mais je ne vous dis pas la poussée d'adrénaline...

    La passée du matin se déroule dans une légère brume. Le vent est passé plein est fort, le froid est saisissant. Le ciel semble voilé, comme engourdi. Une petite bande de colverts bariolés, appelés canards hollandais en Picardie, me laisse 3 oiseaux. Ensuite une grosse bande de sarcelles, à peine posée déjà envolée, ne me permet même pas de prendre mon fusil. De toutes les façons, il ne me reste plus que 3 cartouches...

    Nous avons pris rendez-vous avec le batelier qui a prévu de venir nous chercher vers les 9 heures. Ma fiancée hésite à sortir de son duvet, car le vent et le froid sont terribles. Après une longue hésitation, elle commence à ranger ses affaires, mais le froid glacial lui fait venir les larmes aux yeux.

    Là, je ne suis pas très fier. En attendant notre passeur, je contemple le spectacle stupéfiant de milliers d'oiseaux dans le ciel, volant tous direction plein sud. Il y a là des alouettes au ras du sol, des oies à 200 m de haut, et entre les 2, des canards de toutes les sortes, des courlis, des mouettes, ds limicoles, des vanneaux, des grives, des pies de mer...

    Une fois assis bien au chaud devant un copieux petit déjeuner à "la Madelon de l'Authie", nous contemplons ce défilement d'oiseaux qui dure sans faiblir, jusqu'à midi. L radio nous informe que le thermomètre a marqué -18°C sous abri, ce qui n'avait pas été observé depuis longtemps, et que le froid en Europe du Nord a battu des records. Pragmatique, j'imagine que la nuit prochaine devrait être, elle aussi, excellente. Eh bien, il n'en est rien! Moins de 10 coups de fusil sont tirés en baie.

    Cette vague de froid nous a apporté 64 jours de glace. Les bords de la Manche, de la mer du Nord, la Seine et la majorité des fleuves européens ont été pris par la glace. Bien évidemment, à la demande des fédérations des chasseurs, la chasse a été fermée dès le début janvier.

    L'année suivante, les comptages d'oiseaux migrateurs étaient excellents, ce qui prouve que ceux-ci s'adaptent parfaitement bien aux éléments naturels.

    Celle qui est devenue mon épouse semble avoir oublié cette nuit où elle a eu si froid. Mais au fil des années, malgré mes multiples demandes, elle a toujours refusé catégoriquement de m'accompagner dans l'une de mes chasses de nuit au gabion.
    Chasseur écologiquement responsable enfin presque

  2. #2
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    J'ai connu ce coup de froid, ce fût un hiver trés long mais " magique " en descente d'oiseaux , que de beaux souvenirs...
    Le cerveau c'est comme le parachute , ça fonctionne mieux quand il est ouvert !!

  3. #3
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    voila ce qu'etait le paysage cet hiver la
    la petite soeur de l'authie
    la canche

  4. #4
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  5. #5
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    Citation Envoyé par saint nonoré Voir le message
    joli!!!!
    si on pouvait avoir la meme chose cette année

  6. #6
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    1962 l'année de mon premier permis , ça démarrait fort !
    Le cerveau c'est comme le parachute , ça fonctionne mieux quand il est ouvert !!

  7. #7
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    Citation Envoyé par José80 Voir le message
    1962 l'année de mon premier permis , ça démarrait fort !
    et celui de cette année ,il est validé ?

  8. #8
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    Citation Envoyé par scooby Voir le message
    et celui de cette année ,il est validé ?
    Début aout ça suffira suis un huttier d'hiver
    Le cerveau c'est comme le parachute , ça fonctionne mieux quand il est ouvert !!

  9. #9
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    Citation Envoyé par José80 Voir le message
    Début aout ça suffira suis un huttier d'hiver
    moi aussi

  10. #10
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    Impressionnant tes photos saint nonoré...
    Chasseur écologiquement responsable enfin presque

  11. #11
    Encore dans l'oeuf
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    En tout cas beau récit.

    Sa serait sympas savoir de quelle hutte il parle (juste par curiosité) si quelqu'un a une petite idée.

  12. #12
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    le recit de cette belle nuit est super le seul hic si je puis dire c est que les ammassoir en 62 ca n existait pas serait t il le precurseur ? ce detail me trouble OU le recit a etait remodelé

  13. #13
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    en face de la madelon avant le virage je dirais la 76 OU 77

  14. #14
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    Rien ne lui échappe à chu Olive
    Comme disait mon grand-pére tout les ans il y a de plus en plus de cons, mais cette année j'ai l'impression que les cons de l'année prochaine sont déja là.

  15. #15
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    Citation Envoyé par chcamarade80 Voir le message
    Rien ne lui échappe à chu Olive
    salut chcam

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